« Il faut s’écouter, et être honnête avec soi-même »

Une page se tourne, mais une nouvelle vie s’ouvre pour Théo Nonnez. À 21 ans, le Francilien a fait le choix difficile, mais devenu indispensable, de mettre un terme à sa carrière de coureur cycliste. En proie à des doutes et à un mal-être chronique depuis plusieurs mois, l’ancien champion de France Juniors s’est livré à une large introspection avant de prendre sa décision. Dans cet entretien, il raconte son histoire dans les moindres détails, mais le tout avec une volonté prioritaire : qu’elle puisse être utile à d’autres.

Théo, tu officialises aujourd’hui la fin d’un chapitre.

Effectivement. Après un peu plus de deux ans au sein de la « Conti » Groupama-FDJ, qui a été la première équipe à me donner ma chance chez les pros, j’ai décidé d’arrêter ma carrière. J’ai pris cette décision après une longue période de réflexion. Je pense qu’on peut qualifier de burn out, mais c’est une accumulation de beaucoup de facteurs qui fait que j’en suis arrivé là. Je ne suis pas triste de prendre cette décision. Bien au contraire, ça me redonne de l’espoir. J’étais rentré dans un cercle vicieux et je n’osais pas parler de ce que je ressentais. Je me rends compte que j’ai bien fait de sortir de mon silence, car je ne sais pas ce qu’il serait advenu si je m’étais tu plus longtemps.

« Je me suis mis à pleurer sur le vélo »

Quel est le point de départ de ta réflexion ?

C’est un phénomène qui a duré quelques mois. Je me rendais compte, petit à petit, qu’il y avait plusieurs choses qui ne me rendaient plus heureux. J’avais du mal à y trouver mon compte. Je n’arrivais plus à savoir quelle était la dernière séance d’entraînement qui m’avait apporté du plaisir. Le vélo était devenu une contrainte. J’ai voulu passer un cap l’an dernier pour passer en WorldTour, et j’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté. Mais j’en ai trop fait, et ça m’a plus porté préjudice qu’autre chose. Je pense qu’inconsciemment, j’en avais marre. J’idéalisais le passage en WorldTour en me disant que ce serait un nouveau départ alors que ce ne serait en réalité qu’une continuité. Petit à petit, les contraintes devenaient de plus en plus importantes par rapport au bénéfice. Quand il a fallu repartir de zéro cet hiver pour préparer la nouvelle saison, j’ai senti que ma motivation était faible, voire très faible, mais j’ai quand même voulu me faire violence, encore et encore. Finalement, j’ai eu un déclic quelques jours avant Noël. Je suis parti faire une sortie d’entraînement tout seul, comme souvent, car j’avais des exercices spécifiques à réaliser. Il ne faisait pas beau du tout, j’étais très peu motivé, et après quelques dizaines de minutes, j’ai craqué. Je me suis mis à pleurer sur le vélo. À ce moment-là, je me suis dit : « Théo, il faut arrêter tout ça, il faut que ça change, il y a quelque chose qui ne va pas ». J’ai alors pris du recul et j’ai d’ailleurs été très bien accompagné par le staff médical de l’équipe, ainsi que par mes proches. Après réflexion, je me suis dit que soit je passais en WorldTour à la fin d’année, soit je changeais d’équipe, soit j’arrêtais. Mais j’avais une dernière année pour faire les choses correctement. Sauf qu’à quelques jours du rassemblement de l’équipe en Italie, je me suis senti complètement incapable d’y aller. J’ai appelé Jens et le staff médical et je leur ai dit ce que je ressentais : à savoir que j’étais capable de m’enfuir dès mon arrivée à l’aéroport. J’étais arrivé à un stade où je ne pouvais plus… Je me sentais mal à l’idée de ne pas respecter le contrat, mais j’aurais eu l’impression de prendre les autres pour des c** en y allant, et en faisant semblant que tout allait bien. Ce sport est tellement dur quand on est à 100%, alors quand on ne l’est pas, ce n’est même pas envisageable.

Tu t’es donc libéré d’un poids à ce moment-là ?

J’ai beaucoup gardé ça pour moi, mais le fait d’avoir pu en parler et de le partager m’a fait énormément de bien. Cela ne veut pas dire que c’était facile à dire. Quand j’ai dû appeler mon entraîneur, le docteur, mon manager ou même Marc Madiot, je n’étais vraiment pas bien. Mais j’en suis ressorti soulagé. J’ai réussi à en parler, et une fois que c’était fait, c’était fait… Ça m’a fait du bien d’ôter ce poids des mes épaules. Après le déclic de fin décembre, j’en ai parlé autour de moi, notamment au psychologue de l’équipe et au médecin de l’équipe Jacky Maillot, que je remercie énormément. Pendant des semaines j’étais perdu. Au fond de moi, je savais que ce n’était plus ce que je voulais mais je ne voulais pas que ce soit une phase et que je vienne à le regretter plus tard. Je voulais être sûr de ma décision avant de l’entériner. Fin décembre, j’étais même prêt à appeler Marc pour lui dire : « j’arrête, déchire le contrat avant qu’on ne commence ». J’ai voulu me pousser dans mes retranchements, mais c’était inéluctable. Quand j’ai appelé l’équipe pour leur dire que je voulais arrêter, j’étais en pleurs. Ils m’ont dit de prendre mon temps, de prendre quelques semaines pour réfléchir, de poser le vélo et de ne pas rouler si je n’en avais pas envie. Je ne remercierai jamais assez l’équipe pour ça. Je sais qu’ailleurs, j’aurais peut-être immédiatement été mis de côté ou à la porte. J’ai eu la chance d’avoir ce temps pour réfléchir, et ce temps m’a permis de me conforter dans ma décision.

« Je ne voyais plus de sens à ma vie »

Comment as-tu vécu ces deux mois ?

Quand j’ai posé le vélo, je me suis dit « dès que t’as envie d’aller rouler, vas-y ». Sauf que ça fait maintenant plus de deux mois que je ne suis pas monté sur le vélo… à part pour faire des courses ou me déplacer. J’ai traversé une phase de solitude extrême. J’avais certes mon entourage proche, et heureusement qu’ils étaient là, mais je me sentais ultra faible. Je suis seul à ressentir ce que je ressens et j’imagine que ce n’est pas très facile à comprendre pour les autres, même s’ils essaient. Ça a été une grosse phase de remise en question. J’en arrivais presque à me dire : « À quoi bon vivre ? ». Ça peut paraître cru, mais c’était la réalité. Je ne voyais plus de sens à ma vie. Il m’a fallu un peu de temps avant que je réussisse à sortir la tête de l’eau. J’ai encore des vrais coups de moins bien, mais j’ai voulu relever la tête très vite. J’ai eu envie de faire plein de choses, mais c’était très peu concret dans un premier temps, donc j’étais complètement perdu. Parfois, je m’allongeais sur mon lit et je me disais « qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ? ». Même si je n’étais plus épanoui dans le vélo, j’avais au moins une situation et une perspective d’avenir. Là, je me disais : « Tu n’es plus personne, tu vas repartir de zéro ». Je ne m’étais jamais projeté. Quand je faisais du vélo étant jeune, j’en faisais car j’en avais envie. Il y avait déjà des contraintes, mais j’arrivais à passer outre car j’y prenais du plaisir. Je suis arrivé à un point où je me suis dit : « Ta vie a commencé. Tu ne peux plus te dire, on verra plus tard ». Et je me suis alors demandé si je voulais construire ma vie autour de ça. La réponse a été non.

Tu avais peur de jeter à la poubelle des années de sacrifices, d’efforts ?

Tout à fait, mais pas seulement les miens ! Ma famille s’est beaucoup investie, financièrement mais aussi en termes de temps. L’équipe m’a fait confiance, beaucoup de proches ont été là pour moi. J’ai moi-même bossé dur, trimé, je me suis privé de beaucoup de choses pour y arriver. Alors, me rendre compte que ça ne me faisait plus vibrer, c’était difficile de me l’avouer. Je me suis menti, mais au bout du compte ça m’a rattrapé. Je ne veux pas faire de mal à qui que ce soit, mais … [il s’interrompt] Je sais que plusieurs de mes proches vivent à travers ma carrière, et je savais que ça allait être très compliqué de leur annoncer. Beaucoup de monde comptait sur moi et j’avais finalement plus peur pour les autres que pour moi-même. Je ne voulais décevoir personne, mais à un certain moment, je me suis dit « Fais ta vie ». Je ne peux pas vivre éternellement pour les autres, il faut que je trouve ce qui me rend heureux.

« Le plaisir avait vraiment disparu »

Arrives-tu à mettre le doigt sur certains des facteurs qui t’ont amené à ce point de non-retour ?

Il y en a plusieurs. D’abord, je ne me suis jamais vraiment reconnu dans l’évolution du cyclisme. Par exemple, les entraînements spécifiques ne me font pas spécialement vibrer, même si je savais qu’il fallait passer par là pour progresser. L’oreillette, c’était marrant 2-3 fois par an, mais je savais que ce n’était pas le vélo que j’aimais. Je pense que j’aurais été plus épanoui dans les années 70 ou 80. L’hyper professionnalisme n’était peut-être pas ce qui me convenait. Je l’ai aussi noté l’an passé. J’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté et du coup, je ne faisais rien à côté. Je respirais vélo, je me levais vélo, je mangeais vélo. Toute ma vie était dédiée à ça et je me suis privé d’énormément de choses. Je me suis écarté de proches, d’amis, car je n’avais plus l’occasion de les voir, ou même parce que je me mettais moi-même des barrières. Avec la compétitivité des mecs aujourd’hui, si tu fais une ou deux choses de travers, tu le paies la course venue. La situation Covid n’a pas aidé non plus, car je n’ai jamais été un passionné d’entraînement. Ce qui m’animait, c’était mettre un dossard dans le dos et faire la course. Je me suis battu contre moi-même, j’ai fait des séances de home trainer pendant le confinement et je me suis investi. Mais je suis resté dans un cercle vicieux. Le plaisir avait vraiment disparu, je ne m’épanouissais plus du tout. Je sais que c’est pour beaucoup le métier rêvé, et justement, j’en culpabilisais. Je me disais, tu n’as pas le droit de ressentir ça. Mais si je ne suis pas heureux, je ne peux pas me forcer. Je suis rentré dans une phase où mes journées commençaient quand je rentrais de l’entraînement, comme si j’allais à l’usine tous les matins. Ce n’est qu’une fois rentré du boulot que je pouvais vivre, sauf que j’étais tellement épuisé du boulot que je ne pouvais pas faire quoi que ce soit. Et j’appréhendais du coup le lendemain. Il y avait de la fatigue physique, mais aussi un ras-le-bol mental, de par les barrières qu’on peut se mettre. Mes plaisirs, c’est aller au musée, me balader dans Paris, mais je me disais : « Si je vais marcher 2h dans Paris, je n’avancerai pas à l’entraînement demain ». Alors je décidais de ne pas le faire. C’est un cercle vicieux car tu attends toujours de pouvoir, mais tu peux rarement. Tu pourrais faire comme bon te semble, mais si tel est le cas, alors tu prends du retard sur les autres. Je n’étais pas un champion au point de me dire « Je fais ça à 90% et je vais marcher ». J’avais peut-être le potentiel pour faire une petite carrière, mais pour ce faire, j’avais intérêt à mettre tous les curseurs à fond.

As-tu eu des problèmes liés à l’alimentation ?

L’an passé, j’ai tiré ma dernière cartouche au niveau de la motivation. Je me suis sans nul doute entraîné plus que de raison et je croyais aussi faire attention à la nutrition. Mais en fait, c’était de la malnutrition. Je m’étais beaucoup renseigné sur le sujet, et je pensais bien faire. En réalité, je mangeais bien pour quelqu’un de sédentaire, pas pour un cycliste. J’ai perdu une dizaine de kilos. Super, j’étais affuté… Mais mentalement ça n’allait pas, et sur le vélo je n’avançais pas. Heureusement Lucas [Papillon, désormais nutritionniste de l’équipe] était là et a su me redresser. Pour te dire, à un moment, ma seule motivation pour m’entraîner, c’était de me dire : « Si je roule, je pourrai manger plus ». C’était devenu très grave.

« Il ne faut pas avoir peur de ne pas être fait pour ça »

Y a-t-il une question de pression derrière tout ça ?

Jens [Blatter] et Nico [Boisson], qui m’ont accompagné ces trois dernières années, ont toujours eu un discours clair : « Ne te mets pas de pression, on ne t’en met pas, ça va le faire, tu es là pour apprendre ». J’essayais de m’en décharger, mais c’était plus fort que moi. Je me mettais une pression tout seul, car je ne voulais décevoir personne. Pour les gens qui comptaient sur moi, pour ceux qui avaient  fait des sacrifices, je ne pouvais pas ne pas performer. Mais du coup, je ne le faisais plus pour moi, sauf que je ne m’en rendais pas vraiment compte. Il y a une pression constante pour marcher mieux qu’untel ou untel. Même quand tu vois un copain faire un résultat, tu te mets la pression car il faut aussi que tu prouves que tu en es capable. Ça peut être une spirale positive dans le sens où tout le monde se tire vers le haut, mais ça engendre forcément de la pression. Personnellement, ça a pété.

En décembre, quand nous avons dressé ton portrait sur le site internet de l’équipe, tu semblais pourtant plein de motivation…

J’arrivais toujours à me convaincre que c’était ce que je voulais absolument, et que j’avais seulement une baisse de motivation de temps à autre, ce qui peut arriver. Mais ces baisses de motivation devenaient plus fréquentes, intenses et longues. En décembre, j’étais déjà sur le déclin, je sentais que ça n’allait plus, mais le fait de me dire motivé, sur le site de l’équipe, c’était aussi un moyen de m’auto-motiver. Comme l’effet Placebo. J’étais complètement sincère sur le moment, mais je me suis rendu compte après coup que ça ne correspondait pas à la réalité. Je l’ai un peu mal vécu, car comme lors de l’entretien d’intersaison avec l’équipe, j’ai l’impression d’avoir été hypocrite. Or, c’est seulement que je ne voulais pas me l’avouer et ça ne pouvait pas durer plus longtemps.

Crois-tu que certains puissent voir ça comme un « manque de mental » ?

Eh bien, peut-être que je n’avais pas le mental. Peut-être que je n’étais pas fait pour ça, au final. Dans la vie, tout le monde a son lot de contraintes et de sacrifices. Il faut trouver la vie qui te correspond le mieux et que tu es prêt à accepter. Si certains veulent penser que c’est une question de mental, grand bien leur fasse, mais je sais que mes proches ne le voient pas ainsi. Je pense que je n’étais tout simplement pas prêt à faire les sacrifices attendus d’un cycliste de haut-niveau. Il était trop dur pour moi de faire ceux-ci, mais je serai peut-être capable d’en faire d’autres, que des grands champions de ce sport ne pourraient pas faire… Maintenant, je veux penser à moi. Je veux être épanoui. Il ne faut pas avoir peur de ne pas être fait pour ça. Je pense que je n’étais pas fait pour. Je ne voulais seulement pas me l’avouer.

« Le plus dur, c’est de faire son deuil intérieur »

Quel message souhaites-tu transmettre aux plus jeunes ?

J’ai envie de me sentir utile. Je ne veux pas que tout ça n’ait servi à rien. Si ma petite expérience peut aider les autres, j’en serais ravi. Je ne veux pas me proclamer porte-parole, je n’ai que 21 ans, je ne suis pas un grand champion et je n’ai pas fait une grande carrière, mais j’ai vécu une experience. Je veux que la parole se libère à ce niveau, je ne veux pas que ce soit tabou. Cela m’aurait aidé de pouvoir en parler avant. Peut-être que je n’en serais pas là maintenant… C’est ce qui me tient à cœur. Si on montre des symptômes, qu’on commence à se sentir moins épanoui, qu’on prend moins de plaisir, il faut en parler. Il n’y a rien de grave. On peut rebondir autrement, modifier certaines choses, ou changer complètement de voie. J’ai eu la chance d’avoir eu ce regain de lucidité. Soit j’en parlais, j’arrêtais tout et j’essayais d’être plus heureux. Soit je continuais et ça allait mal se finir… Si on peut en parler avant de traverser ce que j’ai traversé, c’est quand même bien mieux. Dans mon malheur, j’avais la chance d’être dans une équipe pro, où j’avais du monde à qui m’adresser, où on est bien entouré, mais les proches sont aussi importants. Personnellement, j’ai aussi eu un déclic lors de la présentation de l’équipe fin janvier. J’étais déjà dans une phase de gros doute et Denis Brogniart a demandé à David : « Quel conseil donnerais-tu à un jeune cycliste qui veut faire du vélo son métier ». David lui a répondu : « Je lui dirais de faire du vélo pour lui ». Ça a résonné en moi et l’erreur, ce serait de ne pas s’écouter. J’étais le premier à dire « Je ne vois pas ça comme des sacrifices car c’est ce que je veux », mais il faut bien comprendre ce que tu dis. Il y a parfois un fossé entre ce que tu dis et ce que tu penses. Certains verront ma situation actuelle comme un aveu de faiblesse, mais on peut aussi voir ça comme une force d’avoir eu le courage de se dire que ça n’allait pas, que ça n’allait plus. C’est encore mieux si on se le dit avant. Le plus dur n’est même pas d’en parler autour de soi, c’est de faire son deuil intérieur, et de l’accepter. Maintenant, je vais pouvoir avancer avec. Je n’ai plus besoin de me cacher. Le meilleur conseil que je peux donner est de s’écouter, et d’être honnête avec soi-même. Si je peux aider certains à réagir avant qu’il ne soit trop tard, ce serait une petite victoire.

Gardes-tu tout de même du positif de ton histoire avec le vélo ?

Je retire énormément de positif. J’ai rencontré beaucoup de belles personnes, j’ai fait de belles rencontres. Le vélo a toujours été pour moi une école de la vie. J’ai acquis pas mal de valeurs grâce au vélo. J’ai vécu des moments incroyables, que je n’aurais jamais vécus autrement. Il y a eu des émotions, des hauts, des bas, j’ai traversé des épreuves qui m’ont fait et me font encore en tant qu’homme. Si je devais faire un bilan, il y aurait évidemment beaucoup plus de positif que de négatif, mais j’étais arrivé à un stade où le négatif prenait le dessus et il ne valait mieux pas que ça dure. Je reste passionné, et si je peux rebondir dans le milieu dans un autre rôle, je le ferai avec plaisir. La pratique de sportif de haut niveau ne me plaisait plus, mais ça ne veut pas dire que le sport en lui-même m’a dégoûté.

« Je suis en paix avec moi-même »

Tu n’as aucun regret aujourd’hui ?

Mon seul petit regret est de ne pas avoir eu ce regain de lucidité avant et d’avoir signé pour cette saison. J’ai un moment eu l’impression d’avoir perdu mon temps. Mais au fond, je pense juste que c’était mon chemin et que c’est une expérience dont je dois être fier, qui m’a forgé et qui me servira pour la suite. Je n’ai pas de regret dans la mesure où j’étais trop mal pour continuer, mais c’est mine de rien un retour à zéro. C’est un peu effrayant, bien qu’excitant, mais au moins je suis en paix avec moi-même. J’ai l’impression d’avoir fait mon coming out. J’ai enlevé mon masque, les gens le comprennent ou non, mais voilà comme je suis. Je suis en paix avec moi-même, je n’ai plus besoin de me convaincre de quelque chose en laquelle je ne crois pas fermement. Je suis droit dans mes bottes. Le fait d’en parler me permet aussi de me libérer de ce poids.

As-tu déjà des perspectives d’avenir ?

J’avais déjà senti l’an passé que j’avais besoin d’une sorte d’échappatoire, d’un exutoire, alors que pour beaucoup de gens… c’est le vélo. J’avais besoin d’autre chose, l’équipe a été très ouverte vis à vis de ça et a bien voulu me financer un BTS communication. Je me suis investi là-dedans, je continue de m’y investir, et j’espère rebondir dans ce domaine et pourquoi pas retravailler avec l’équipe plus tard ! J’ai des dizaines de projets mais il faut encore que ça se concrétise, et je suis toujours en phase de reconstruction. Une fois que ma décision sera officielle, je pourrai encore davantage avancer et me projeter. Petit à petit, je fais mon chemin, mais je suis content que l’équipe m’ait accompagné dans mon projet. Autre part, on m’aurait déjà abandonné depuis quelques semaines et on ne m’aurait pas forcément aidé au financement d’un projet hors vélo. Je me sens vraiment privilégié. Quand j’ai eu Marc au téléphone, je lui ai d’ailleurs dit que je me sentais privilégié d’avoir fait partie de cette organisation et que, quoiqu’il arrive, je m’identifierai toujours à cette équipe. C’est cette équipe qui m’a fait vibrer, qui m’a donné ma chance, et tout ce qui se passe depuis quelques mois confirme que j’avais raison de croire en ses valeurs et de leur faire confiance.