Si le Tour du Limousin-Périgord—Nouvelle Aquitaine ne regorge pas de grandes ascensions, il n’en demeure pas moins une épreuve dont les routes n’offrent que très rarement de répit aux coureurs. Pour preuve, la première étape du cru 2026 planifiée mardi, entre Veyrac et Dun-le-Palestel, et considérée comme la plus abordable de la semaine, comptait pas moins de 2000 mètres de dénivelé positif. Un profil casse-pattes, des faux-plats incessants, et donc une course d’usure assurée. Il n’empêche, les hommes rapides avaient les yeux rivés sur cette journée d’ouverture qui ne présentait aucune difficulté insurmontable. La dernière, à quatre bornes du terme, n’affichait d’ailleurs que 3,5% de pente moyenne. « On voulait passer cette journée relativement tranquillement, avançait Yvon Caër. On espérait jouer placé avec Tom, qui n’avait pas couru depuis longtemps, mais on s’est mis un peu en retrait et le vrai objectif était de finir dans le temps du vainqueur. Au final, tout s’est bien passé. On a donné une ouverture à Rémi dans le final, car c’est son tempérament, mais on a vite compris que beaucoup d’équipes voulaient un sprint. Il y a ensuite eu une petite alerte avec la crevaison d’Ewen à dix kilomètres de l’arrivée, on était loin dans la file des voitures et le dépannage a été un peu intense, mais ça l’a fait ». Le tenant du titre a ainsi pu regagner sa place dans le paquet et terminer dans le temps du vainqueur, Noa Isidore, tandis que Tom Donnenwirth obtenait la neuvième place de l’emballage en faux-plat. 

À l’issue de ce premier acte, aucune véritable sélection n’avait toutefois été opérée. Et c’est exactement ce à quoi devait servir la deuxième étape, mercredi, tracée sur 184 kilomètres vers Lanouaille, et proposant quatre montées quasiment coup sur coup dans les trente dernières bornes. « Initialement, on avait plutôt coché l’étape de jeudi, mais après réflexion, on s’est dit que c’était un risque d’attendre cette étape reine, exposait Yvon. On avait identifié le final du jour comme étant extrêmement dur et on a vraiment tout mis en œuvre pour mettre Ewen dans les bonnes conditions. L’idée n’était pas nécessairement de viser la gagne de l’étape, mais au moins d’éliminer quelques adversaires de façon à ce que le général s’éclaircisse. L’idée était de ne pas se concentrer uniquement sur jeudi car le terrain de jeu était propice dès ce mercredi. On a donc contrôlé pour mettre Ewen en confiance, et on sait que sur ces routes-là, on subit davantage en deuxième partie de peloton ». « Le but ce matin était de faire la course, affirmait Ewen. Dès le briefing, j’ai dit que je voulais qu’on prenne les choses en main, qu’on roule, pour être placés et montrer qu’on était là. Puis, l’idée était de durcir avec les gars, notamment avec Tom dans la première bosse du final ». 

Avant la grande explication, néanmoins, Lewis Bower a pu contribuer à l’effort collectif avant d’être contraint à l’abandon, puis Josh Kench a longtemps assuré la poursuite derrière l’échappée. À l’approche de la côte de Génis (3 km à 5%), à 28 kilomètres du but, les fuyards comptaient moins d’une minute d’avance, et la Groupama-FDJ United s’est bientôt repositionnée en tête pour placer sur orbite son leader breton. Tom Donnenwirth a effectué la quasi entièreté de l’ascension grand train, puis la course s’est emballée. « Il était compliqué de tous se retrouver, donc j’ai placé la première attaque un peu plus tôt que prévu », reprenait Ewen. D’abord parti avec Aranburu, le Brestois a ensuite vu le retour de trois autres concurrents, mais le manque de collaboration a entraîné le retour d’un petit peloton dans la bosse suivante. Les favoris ont alors temporisé, avant de repartir de plus belle dans la côte de Saint-Mesmin (1 km à 8%), à douze bornes du but, où le dernier échappé a été repris, et où Ewen Costiou a pu contenir les offensives en intégrant un groupe de tête de neuf unités. Ce mouvement s’est rapidement détaché du reste de la meute et a pris la direction de la dernière côte du jour, longue de 1400 mètres pour une pente légèrement supérieure à 5%. « J’ai constaté que c’était un peu plus compliqué de faire la différence dans les bosses courtes et raides, reprenait Ewen. Du coup, j’ai un peu innové sur la fin. J’ai attaqué au pied même de la toute dernière bosse, en arrivant de derrière, et j’ai réussi à faire le trou ». 

Le jeune homme de 23 ans a immédiatement relégué ses rivaux à quelques dizaines de mètres, puis ne s’est pas posé de questions. « Je pense que ça s’entendait derrière, mais que ça se regardait un peu aussi, et j’ai pu bien creuser, confiait-il. Puis, j’ai fait ce que je sais faire de mieux : résister ». « Nos concurrents ont eu du répondant, mais la succession des montées a vraiment affaibli l’ensemble des concurrents tandis qu’Ewen nous paraissait très solide, notait Yvon. Finalement, il est sorti dans la bosse la moins dure, mais c’était la quatrième. Puis, on sait que quand Ewen a un petit écart, il est en capacité de le maintenir grâce à ses qualités de rouleur ». Au sommet de la bosse, situé à environ huit kilomètres du but, le Breton disposait toutefois d’à peine quinze secondes d’avance. « Je n’étais pas forcément serein à quatre bornes de l’arrivée car il y avait des équipes surreprésentées derrière, mais Ewen n’a pas du tout faibli, reprenait Yvon. Cela montre quand même qu’il avait une super condition ». Dans le dernier kilomètre en faux-plat montant, et malgré un effort soutenu depuis une dizaine de minutes, Ewen Costiou n’a finalement rien lâché à ses poursuivants. Il a même glané quelques secondes supplémentaires pour franchir la ligne victorieusement, en célébrant ce coup de force à sa juste valeur, et avec dix-sept secondes sur son premier concurrent. 

Il s’est ainsi offert son troisième succès de l’année, après ceux obtenus sur l’Etoile de Bessèges, et s’est naturellement emparé du maillot jaune de leader. « J’étais un peu frustré de ne pas avoir gagné d’étape l’an dernier, même si c’est toujours mieux de remporter le général, confiait l’intéressé. J’avais vraiment à cœur, en revenant ici, de lever les bras. C’est chose faite. On va maintenant se battre avec l’équipe pour garder le maillot et je tiens vraiment à remercier les gars. Ils ont fait un super boulot toute la journée, on a pris les choses en main et le travail a été récompensé. La victoire fait vraiment du bien à toute l’équipe ». « C’est aussi une victoire qui fait beaucoup de bien à Ewen, poursuivait Yvon. Le Tour a été compliqué. Il y a eu des moments où il marchait fort, et des moments un peu inexpliqués de méforme. En revanche, on sait qu’il récupère très vite à la sortie d’un Grand Tour, et la semaine passée, il m’a fait savoir que la récupération était optimale. Il l’a prouvé. L’objectif est évidemment de conserver le maillot lors des deux prochains jours. Je pense qu’on a les clés pour pouvoir mettre Ewen dans de bonnes dispositions et lui ne va pas perdre sa bonne condition du jour au lendemain. On sait aussi que quand on a un maillot de leader, on se transcende. On a vu aujourd’hui que tout le monde était déterminé et demain, sur l’étape reine, il faudra être extrêmement vigilant et fort ».

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