Entretien avec Frédéric Guesdon

« Je suis en apprentissage ». Depuis plus d’un an, Frédéric Guesdon est directeur sportif au sein de son équipe de toujours et c’est avec l’enthousiasme, la passion et la même intransigeance qui ont fait sa carrière de coureur qu’il occupe cette fonction aujourd’hui. Paris-Roubaix, la course qui l’a fait champion, occupe évidemment une place bien à part pour lui.

Il semble Frédéric que tu prends de plus en plus de plaisir dans ta fonction de directeur sportif ?
Oui, même si je découvre depuis un an seulement. Je peux dire aujourd’hui que j’aime bien ce métier.

Il a fallu du temps pour trouver des repères ?
Ça n’a pas été difficile de passer du métier de coureur à celui de directeur sportif. En 2012, j’ai tourné la page, je ne me sentais plus capable d’être sur un vélo. Quand je suis arrivé en tant que directeur sportif j’étais content de rester dans le milieu, de continuer de vivre ma passion. Et de le faire dans mon équipe.
Depuis, je suis en apprentissage. D’ailleurs, je pense je ne finirai jamais d’apprendre. Sur les hommes qui changent. Sur la façon de courir qui évolue.

Martial Gayant avec qui tu as fait Tirreno-Adriatico dit que tu as été exceptionnel, par exemple en montagne en soutien d’Alexandre Géniez ?
J’essaie de soutenir au mieux les coureurs. Moi j’ai été heureux d’être conseillé, parfois j’ai été déçu qu’on ne le fasse pas. Je me souviens des situations que j’ai connues et je m’en sers.

Il est un fait que ton âge te permet d’être très proche des coureurs, tu as couru avec la plupart d’entre eux ?
Certains coureurs me parlent plus facilement qu’ils ne le font avec d’autres directeurs sportifs. Je les connais bien et moi-même je vais plus facilement vers eux. On a toujours des trucs à se dire.

Ta course c’était Paris-Roubaix. A quoi consiste ce job dans cette classique ?
Il y a toujours beaucoup plus de travail pour cette classique que pour n’importe quelle autre. Au niveau du matériel, de la préparation… On a une équipe, un staff qui ont toujours été motivés par cette course. On y a connu la réussite. Dimanche, je vais accompagner Marc Madiot dans la voiture même s’il connaît bien les secteurs. Je pense que j’étais plus utile au Tour des Flandres que je ne serai pendant Paris-Roubaix. Un secteur pavé, c’est toujours pareil, l’approche ne varie pas au contraire des monts du Tour des Flandres.

Il y a eu une déception dimanche dans les Flandres. Comment sont les coureurs aujourd’hui ? Dans le doute ?
Il y a des coureurs qui ont basculé facilement de la déception vers l’objectif. D’autres vont se poser des questions. On a la chance d’avoir Paris-Roubaix qui permet de rebondir, d’oublier l’échec de la semaine précédente. En revanche, si tu loupes dimanche, il faudra attendre un an ! Une année ou deux, je me suis loupé dans le Tour des Flandres qui me tenait à cœur mais à partir du mardi, je focalisais sur Roubaix.

Que peut-on attendre d’Arnaud Démare ?
Il doit encore apprendre un peu. Il ne faut pas mettre la barre trop haute, il est en apprentissage. Il lui manque encore de la puissance et c’est quand même une course de 265 kilomètres. Moi je l’ai gagnée à ma troisième année, la deuxième année j’avais fini 14e donc il faut aussi se dire ‘’pourquoi pas’’ parce qu’il a du talent.

Sur qui l’équipe va-t-elle se reposer ?
Pour moi, les Flandres restent une déception, l’équipe a coincé de bonne heure. A une heure de l’arrivée le coup de pompe a été sérieux et normalement en une semaine, tu ne peux pas progresser énormément. Mais je peux me tromper, les courses sont différentes. Le Tour des Flandres a été très animé, loin de l’arrivée, et Paris-Roubaix peut être bloqué. On peut croire en Yoann Offredo, Matthieu Ladagnous, William Bonnet et peut-être Arnaud Démare. On ne va pas leur dire qu’ils vont peut-être, être justes. Au contraire, on croit en eux.

Tu as tendance à leur trouver des excuses puisque tu es proche d’eux ?
Je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il se passe. On discute beaucoup, on échange. On s’explique.

Directeur sportif, tu le prends où ton plaisir ?
Il vient du déroulement de la course, si les coureurs me disent qu’ils sont contents de mon travail. Quand en revanche, je les vois disparaître dans le Vieux Quarémont, c’est dur. Comme quand j’étais coureur.

Et comment ça se passe avec les directeurs sportifs des autres équipes ?
Très bien parce que je les connais presque tous. Baldato, Matthew Wilson j’ai couru avec eux… Et les anciens me réservent un bon accueil. Ce métier, tu ne peux pas le faire sans coupure parce que tu te donnes à fond. Je finis les courses aussi fatigué que quand j’étais coureur. Il faut un programme, avoir ses objectifs. J’adore ça !

Retrouvez l’interview de Yoann Offredo avant Paris-Roubaix