Attila Valter à l’avant sur l’étape reine

Pour la troisième étape consécutive, l’Équipe cycliste Groupama-FDJ s’est glissée à l’avant sur le Tour des Alpes. Après deux échappées de Reuben Thompson, c’est Attila Valter qui s’est projeté en tête ce jeudi, à l’occasion de l’étape reine entre Naturns et Pieve di Bono. Le jeune Hongrois a ainsi passé une bonne partie de la journée à l’avant, mais n’a en revanche jamais pu croire à la réussite de son entreprise puisque le peloton n’a laissé aucune chance aux fuyards. Une ultime opportunité sera à saisir demain lors du dernier acte, dessiné sur à peine 120 kilomètres.

« L’échappée la plus dure à prendre de ma vie », Attila Valter

À travers le Passo Castrin, le Passo Campo et la dernière montée de Boniprati, le peloton du Tour des Alpes disposait d’un menu copieux ce jeudi, pour l’étape reine du Tour de Alpes. Pas moins de 4000 mètres de dénivelé positif étaient d’ailleurs annoncés sur tout juste 170 kilomètres de course. Et si les premières véritables difficultés ne se présentaient qu’après vingt kilomètres, la bataille pour l’échappée a démarré d’emblée, peu avant 11 heures. Une bonne heure plus tard, Attila Valter parvenait finalement à se faire une place à l’avant, mais ceci après une grosse lutte qu’il relatait : « C’était super dur de prendre l’échappée aujourd’hui, et je n’avais d’ailleurs pas vraiment prévu d’y aller car je n’avais pas de bonnes sensations les deux derniers jours. Un groupe est sorti au début, on n’y était pas, alors on a travaillé avec Tobias et Antoine. On est revenus au pied de la première vraie montée et on a donc retenté. Il m’a fallu un petit moment pour trouver le rythme, mais quand j’ai vu que tout le monde était bien fatigué, j’ai essayé de prendre des coups. On a beaucoup essayé avec Thibaut mais BikeExchange voulait vraiment contrôler. Ça n’a pas été concluant dans un premier temps, mais ils ont fait barrage à un certain moment, et j’ai alors pu faire le jump sur les sept premiers. C’était l’une des échappées les plus dures à prendre de ma vie, mais je ne l’ai pas fait que pour moi. Tobias et Antoine avaient beaucoup travaillé sur la partie plate, alors on se devait d’attaquer ».

En tête de course, Attila a rejoint Amanuel Ghebreigzabhier (Trek-Segafredo), Luis Leon Sanchez (Astana), Felix Grossschartner (Bora-hansgrohe), Chris Froome (Israel – Start-Up Nation), Hermann Pernsteiner (Bahrain Victorious), Nicolas Prodhomme (AG2R-Citroën), Nicolas Roche (Team DSM), mais a aussi retrouvé, quelques minutes plus tard, son compatriote Márton Dina (Eolo-Kometa). Plus qu’un compatriote, à dire vrai. « Je le connais depuis que nous avons dix ans, ou peut-être même avant, confiait le jeune Hongrois. Il était mon coéquipier en VTT et dans mon ancienne équipe continentale. Il a même été entraîné par mon père pendant plusieurs années ! On se connait très bien. On était d’ailleurs déjà venus ensemble dans cette région pour une manche de Coupe du Monde de VTT. Lui avait bien performé, moi non, mais on avait passé du bon temps et les souvenirs sont revenus à la surface. Alors être ensemble dans l’échappée, c’était pour moi assez émouvant. On s’est mutuellement motivés et il a d’ailleurs pris des points au classement de la montagne en devançant Froome. Il a même pu prendre le maillot. Je suis fier de lui ». Si son ami de longue date a pu fructifier sa journée à l’avant, le reste du groupe n’a néanmoins pu croire en ses chances de victoire, le peloton ne leur ayant jamais accordé plus de deux minutes d’avance.

« Attila est un garçon accrocheur », Philippe Mauduit 

« Malheureusement, il y avait dans l’échappée quatre mecs à moins de trois minutes au général, expliquait Philippe Mauduit. De fait, il était clair que le peloton n’allait pas laisser faire. On se doutait qu’il pouvait y avoir des coureurs dangereux devant, mais cela n’avait pas empêché Moscon d’aller au bout hier. Il fallait donc malgré tout se jeter dans la bataille. De toute façon, si tu ne tentes pas, tu ne peux pas y arriver ». « Devant, on n’a pas puisé dans nos réserves, mais on gardait quand même un tempo élevé, relatait Attila. On a bien travaillé ensemble mais on savait qu’on ne nous laisserait pas plus de deux minutes, que l’on se donne à fond ou non. Il n’y avait donc aucune raison d’y aller trop fort. Honnêtement, je pense qu’ils auraient pu nous reprendre cinq minutes dans la montée finale s’ils l’avaient voulu, et donc nous laisser plus de champ en amont, mais c’est comme ça ». Le troisième d’étape sur le dernier Tour de Catalogne a finalement fait de la résistance jusqu’au pied de la dernière montée, à 18 kilomètres de la ligne, où les favoris se sont expliqués.

Pello Bilbao l’a emporté un peu plus tard devant Simon Yates tandis Attila Valter a franchi la ligne en 36e position, à un peu plus de quatre minutes. « Je suis content d’avoir retrouvé une bonne condition, d’avoir été à l’avant et d’avoir enfin pu montrer le maillot, jugeait le jeune homme. Dans la montée finale, je n’étais pas non plus vidé alors j’ai essayé de rester un peu au contact. Je voulais faire un gros effort pour bien finir la journée, en pensant aux futures courses, mais aussi pour voir comment mes jambes répondaient après une dure journée. Je pense que ce n’était pas si mal. Je suis content de m’être remis sur les rails ».« Une étape comme celle-ci fait toujours du bien, confirmait Philippe. C’est rassurant, d’autant qu’il est vraiment parti à la pédale. Il fallait avoir les jambes pour être devant. Il s’est battu, il a eu le courage d’y aller, et ça fait partie de ses qualités. C’est un garçon accrocheur, qui n’a pas peur de se lancer dans le boulot. Après deux mauvaises journées, c’est surtout bien pour lui. Je pense que sa journée à l’avant lui a fait du bien moralement ». Pour conclure ce Tour des Alpes, une courte étape de 120 kilomètres, au format « montagnes russes » de nouveau, sera à couvrir vendredi. « On verra comment sont les sensations demain matin, mais j’ai envie de tenter, assurait Attila pour conclure. J’espère que l’échappée aura une chance, mais cela dépendra de qui s’y trouve. Je vais tout donner, et même si ce n’est pas pour la gagne, au moins pour affiner ma forme en vue du Giro ».