À la découverte de … Sylvain Moniquet

Jusqu’à l’arrivée de Sylvain Moniquet au sein de sa « Conti » cette année, l’organisation Groupama-FDJ n’avait plus hébergé de coureur belge depuis la saison 2015. Âgé de 22 ans, ce prometteur grimpeur figure aujourd’hui, après une progression des plus linéaires, parmi les étoiles montantes du cyclisme wallon. Mais c’est aussi un jeune homme à l’esprit sain – dans un corps sain – que l’on s’apprête à découvrir à l’occasion de ce nouveau portrait.  

Difficile de passer à côté du cyclisme lorsqu’on est originaire du plat pays… On ne passe d’ailleurs jamais complètement à côté. « Le vélo étant une vraie religion en Belgique, amorce Sylvain Moniquet, j’ai inconsciemment baigné dedans dès mon enfance ». Mais consciemment, ce n’est pas le sport qui a d’abord ses faveurs. Issu d’une famille davantage porté vers le basketball, le Wallon a ainsi « suivi l’exemple de la fratrie » pendant plusieurs années « avant de bifurquer ». De six à treize ans, c’est donc sur les parquets que le jeune garçon s’éclate alors que son attrait pour la bicyclette se fait grandissant, mais encore innocent. Lorsqu’il s’en va rouler avec ses amis ou en famille dans sa province de Namur, cela relève surtout de la « balade ». « Je faisais une trentaine de kilomètres avec mon grand-père, c’est sans doute lui qui m’a donné goût au vélo, se remémore-t-il. On roulait tout doucement ensemble. Il m’emmenait voir de beaux coins dans la campagne ». Au fil des années, il devient de plus en plus adepte de la pratique, et se procure bientôt un vélo de route. Le but, « aller plus vite » avec ses amis, mais aussi « avoir l’air plus classe », reconnaît-il sourire en coin. À la passion déjà présente s’ajoute donc le matériel adéquat, et il ne lui suffit alors que d’un petit déclic pour franchir le pas et laisser de côté les courts de basket.  « Je voyais souvent une équipe s’entraîner dans mon village, tous les mercredis après l’école, précise-t-il. Je me suis dit que ça pouvait être sympa d’aller avec eux, de rouler en groupe, que ce serait bien à la fois pour la sécurité et pour l’amusement. J’ai fait deux-trois entraînements avec eux puis j’ai acheté un vélo ».

« Le vélo n’avait pas vocation à prendre plus de place que ça »

À 15 ans, il signe sa toute première licence au sein du SCV Marchovelette sans qu’il n’ait « forcément envie de faire des courses ». Cela ne saurait tarder, malgré une entame il est vrai délicate. « Au début j’étais souvent lâché, se souvient-il. J’ai même parfois pleuré dans la voiture suiveuse lors d’entraînements car je n’en pouvais plus après 30 kilomètres, ou bien car ça montait trop ». Encore neuf dans ce sport, il travaille sa technique en attendant que le physique suive. « Petit à petit, je me sentais de mieux en mieux, poursuit-il. Je voyais qu’à force de rouler, je commençais à avoir leur niveau, même si j’étais encore parmi les plus faibles de l’équipe en débutant 1 (cadet 1 en France, ndlr) ». Il doit attendre la saison suivante pour passer un vrai cap, et finalement rattraper le retard accumulé par les années où allait davantage chercher l’arceau que la ligne d’arrivée. Sa progression s’illustre de manière éclatante sur le Tour de l’Ain Cadets. « J’y remporte deux des quatre étapes, alors qu’en première année, j’avais été lâché presque tous les jours ». Il s’adjuge aussi le Tour de la Basse-Meuse, « une épreuve vallonnée très réputée en Belgique ». Le tout sans plan d’entraînement très sophistiqué. « J’aimais bien ce que je faisais, de fait je m’entraînais un peu plus, soit trois ou quatre fois par semaine. Mais c’était vraiment du plaisir. Je faisais des sorties de plus en plus longues et c’est ce qui m’a donné un meilleur niveau. J’avais aussi remarqué que je me débrouillais pas mal dans les bosses, donc j’allais en trouver un peu plus au sud de chez moi ». Ses résultats n’en demeurent pas moins une « agréable surprise », mais aussi le déclencheur d’une nouvelle étape dans son cursus cycliste.

« J’étais de mieux en mieux mentalement et physiquement, et je visais forcément de plus en plus haut, raconte Sylvain. J’étais à la recherche d’une équipe forte chez les juniors et j’ai eu la chance d’en intégrer une. Je ne serais pas là où je suis aujourd’hui si ça n’avait pas été le cas ». Au sein du CC Chevigny, il prend d’abord ses marques dans sa nouvelle catégorie d’âge et profite de l’opportunité qui lui est offerte de disputer des épreuves internationales et accidentées. Il se met surtout en valeur dans sa deuxième année juniors avec une 11e place sur l’Ain’Ternational-Rhône Alpes-Valromey Tour et une 6ème sur le Giro di Basilicata. À cela il ajoute deux victoires au niveau régional et le prix de la régularité au DH Challenge Philippe Gilbert. « J’ai pu me démarquer, même si je restais raisonnable dans le nombre d’heures et dans les charges à l’entraînement, car on ne voulait pas que ça devienne une contrainte. Ça devait rester un plaisir et ça n’avait pas vocation à prendre plus de place que ça dans ma vie », insiste-t-il une nouvelle fois. Pourtant, cette seconde année Juniors relativement pleine s’annonce comme un tournant. « J’ai eu une proposition pour rejoindre la meilleure équipe en Wallonie en Espoirs 1, et je me suis dit que j’avais peut-être des qualités ». Ce n’est qu’en intégrant l’équipe ‘développement’ de la structure Wallonie-Bruxelles qu’il commence à s’imaginer un futur dans l’élite, et notamment dans l’équipe mère. « Avant ça, je n’avais jamais songé à en faire ma vie, même si tout le monde a ce rêve de passer pro dans un coin de la tête quand il est jeune, soutient Sylvain. Je me suis simplement dit que j’allais continuer mon petit bonhomme de chemin, j’ai voulu rester assez distant par rapport à ça ».

Montée en régime chez les Espoirs

D’un naturel posé et modeste, le jeune Belge se refuse jusqu’alors à faire des plans sur la comète. D’autant qu’il ne ‘’voltige’’ pas immédiatement à son entrée chez les Espoirs. « Jusqu’au Tour de Namur, je ne ‘’touchais’’ rien, admet-il. Je terminais difficilement les courses mais je les terminais. Ce n’était pas grandiose mais ça ne se passait pas si mal ». C’est finalement sur ses terres qu’il signe ses premières performances, se classant deuxième du Grand Prix Lekeu-Verviers mais aussi d’une étape du Tour de Namur. Il gagne en confiance, mais aussi en crédibilité auprès de ses dirigeants, qui le prolongent pour 2018 avec des responsabilités revues à la hausse. « Ils ont constaté que j’avais des compétences pour grimper et être avec les meilleurs dans les côtes », complète-t-il. Et cela paie dès le mois d’avril suivant sur le Tour du Jura, qu’il clôture en quatrième position. De quoi « gonfler son CV » et lui ouvrir les portes de la sélection nationale belge. « Je suis reconnaissant de ces opportunités car ce sont de magnifiques expériences, jure-t-il. C’est vraiment du pur bonheur. Je pense que ce sont les plus belles courses car tous les meilleurs au monde sont réunis, sur des parcours atypiques comme la Course de la Paix ». Il prend d’ailleurs une honorable vingtième place sur l’épreuve tchèque domptée par Tadej Pogacar. « Sans vraiment casser la baraque », Sylvain Moniquet poursuit ainsi son évolution linéaire à l’orée de sa troisième année chez les U23. Celle de la confirmation de son potentiel. Il remporte alors une étape et le général du Triptyque Ardennais, « un Tour très convoité en Belgique par les moins de 25 ans », retrouve la Course de la Paix avec brio (6e du général) et termine au pied du podium du Tour de Liège. Se profile alors le Tour de l’Avenir.

Il s’y présente en tant que lieutenant pour ses compatriotes Mauri Vansevenant et Ilan van Wilder, et remplit ce rôle à merveille lors de la septième étape, vers La Giettaz, en contribuant amplement à la prise de pouvoir du premier cité. Cerise sur le gâteau, il se classe quatrième de l’étape et remonte au dixième rang du général. Il rétrograde ensuite légèrement à l’orée de la dixième et dernière étape, qu’il doit rapidement abandonner. « Le départ était en descente et j’ai fait une chute assez spectaculaire. Je suis tombé dans un ravin et je ne me souviens plus de grand-chose, rappelle-t-il. Quand je suis revenu à moi, il n’y avait déjà plus personne. J’ai été chanceux dans mon malheur, je n’ai rien eu de grave, mais c’était forcément une grosse déception car un top 10 sur le Tour de l’Avenir eût été magnifique ». Pas du genre à s’apitoyer, Moniquet se remet en selle et se fait remarquer en fin de saison en attaquant dans le final du Grand Prix de Wallonie (24e, ndlr), en décrochant un podium sur le Tour de Moselle et en jouant le top 10 sur le Tour de Lombardie. « J’ai gravi un bel échelon », assure-t-il. Surtout, il parvient à se faire une place dans le paysage cycliste belge. « C’est très compliqué d’entrer en équipe nationale, car il y a vraiment énormément de demandes et un très gros niveau, analyse-t-il. Dès le plus jeune âge, il y a de fait une grosse concurrence. Quand j’y repense, c’est fou quand même. C’est limite si on ne se disait pas bonjour. On voulait toujours être devant l’autre et c’est aussi ce qui nous poussait à nous entrainer plus. C’était une source de motivation au bout du compte. Mais cette rivalité a tendance à diminuer au fil des années, à s’assainir. À force d’être réuni en sélection, on s’est lié d’amitié ». Sous le maillot belge, il a cependant essentiellement côtoyé des Flamands, admettant donc bien tristement que « le cyclisme est un peu perdition en Wallonie » et que « beaucoup moins de marques veulent désormais investir dans des équipes ».

« Tant que ça monte je suis content »

Même l’aura et la longévité de son idole Philippe Gilbert ne semblent rien y faire. Avec son modèle, il partage d’ailleurs l’affection des côtes ardennaises, bien que leurs profils diffèrent assez largement en dehors de ce point précis, Moniquet étant plus proche du grimpeur, chose relativement rare au plat-pays. « La région dans laquelle j’habite a certainement beaucoup influé sur mon profil, explique-t-il. Morphologiquement, je suis aussi un coureur assez léger. Je tourne toujours autour des 60 kilos, ce n’est pas un poids pour être Flandrien ou gagner des sprints. Et puis frotter ce n’est pas mon truc, les courses nerveuses ce n’est pas trop pour moi. Tout cela fait que je me suis dirigé sans trop m’en rendre compte vers les côtes et les montagnes ». À désormais 22 ans, contrairement à quelques uns de ses coéquipiers sortant tout droit des rangs juniors, le Wallon a donc une idée assez clair du coureur qu’il peut devenir : « J’aime les montées de 10-15 kilomètres, maximum, et les côtes plus courtes comme dans les Ardennes. Celles de 2-3 kilomètres, c’est mon terrain de prédilection. J’aime les courses où la sélection s’opère avec le temps, à l’usure, et c’est généralement le cas avec les Ardennaises ou dans les montagnes. En fait, je ne suis pas difficile : tant que ça monte je suis content ». Chez les pros, participer à Liège-Bastogne-Liège serait ainsi son « plus grand rêve », mais passer à cinq kilomètres de chez lui avec le peloton de la Flèche Wallonne serait tout aussi « magnifique ». En vue des courses par étapes, il reconnaît devoir travailler sur sa « polyvalence » même si le contre-la-montre ne semble pas être un obstacle. « Je me débrouille pas trop mal, convient-il. Je ne me suis jamais vraiment entraîné sur un vélo de chrono, et malgré tout, j’ai déjà réussi quelques bonnes prestations et je pense pouvoir encore m’améliorer. J’aime rouler fort et longtemps, me mettre dans le mal. Le chrono est de plus en plus important sur les Tours et je pense être capable de ne pas perdre trop de temps, voire même d’en gagner ».

Avec son idole Philippe Gilbert, il partage aussi désormais quelques traces, ayant, comme son illustre aîné dix-huit ans ans auparavant, intégré la structure dirigée par Marc Madiot. « Jens [Blatter] est venu me trouver après le Tour de l’Avenir pour me demander si je voulais rejoindre la Conti pour ma dernière année Espoirs », confie Sylvain. Un « problème de riche » s’est alors posé puisque le jeune homme détenait aussi entre ses mains deux offres pour signer en division continentale professionnelle. Opter pour la Conti Groupama-FDJ a, reconnaît-il, été une petite prise de risque. « Cela n’a pas été un choix facile du tout, j’y ai réfléchi pendant plusieurs semaines, plaide-t-il. J’ai d’abord évalué si j’étais prêt à passer dans l’élite ou bien si je pouvais encore rester une année chez les Espoirs et essayer de gagner de belles courses. Mais j’ai surtout choisi la Conti pour essayer de viser le WorldTour par la suite. Je me disais – c’était évidemment avant le coronavirus -, qu’il y avait de belles courses à gagner en début d’année, de belles choses à faire sur le Val d’Aoste, le Baby Giro, le Tour de l’Avenir… Je me suis dit que si je brillais sur ce genre de courses, j’obtiendrais d’office un contrat dans le WorldTour. Malgré la situation actuelle, je ne regrette pas mon choix. Et puis, ayant aussi les études à côté, je me suis dit ‘’autant viser haut, on verra ensuite’’. » Car il est vrai que le vélo n’occupe pas toute sa vie. « Avant, je le mettais même légèrement de côté car j’étais dans une équipe un peu moins pro, où j’avais moins de pression. Depuis que j’ai rejoint la Groupama-FDJ, j’essaie de me concentrer davantage sur le cyclisme même si je conserve les études comme plan B dans un coin de la tête. Car on ne sait jamais ».

Le vélo, mais pas que

C’est ce même cursus scolaire qui lui permet aujourd’hui d’observer sa situation avec plus de recul que d’autres. Inscrit à l’Université de Louvain, la plus grande de la région wallonne, il y suit depuis trois ans une formation d’ingénieur de gestion (ou ingénieur commercial). Une vie sur « deux fronts » qu’il n’a jamais envisagé interrompre malgré des difficultés évidentes. « Ce n’est pas simple de jongler entre les deux, il faut trouver un juste milieu, explique-t-il. J’ai toujours voulu conserver mon volet études et j’ai toujours su me motiver. En fait, tout est une question d’organisation et de motivation. Quand on est organisé et motivé, on peut faire beaucoup de choses. Evidemment que c’est parfois plus compliqué, notamment avant les examens, où il faut étudier 8h par jour et qu’il faut en plus aller s’entraîner alors qu’on est fatigué ». C’est pourtant dans ce schéma qu’il a trouvé son équilibre personnel. « Ne faire que du vélo, ça ne me va pas, affirme-t-il. Je n’aime pas aller rouler et ne rien faire de l’après-midi. Il faut toujours quelque chose pour m’occuper. Etudier me permet de me changer les idées sans perdre mon niveau sur le vélo. Et pour le moment, tout s’est très bien passé ». Sans l’ombre d’un doute, sa priorité est aujourd’hui à sa carrière, mais son parcours extra-sportif l’aide à relativiser les problématiques subordonnées au cyclisme pro. « Je suis impliqué à 100% dans le vélo et je ferai tout pour passer WorldTour, en faire ma vie, martèle-t-il. Mais pouvoir me dire que j’aurai quelque chose à côté si un jour je n’ai plus de place, ça m’apaise mentalement. Je suis peut-être plus serein que d’autres qui se mettront bien plus de pression, ce qui pourrait nuire à leurs performances. Une fois que j’aurai mon ‘Bac’ (licence en France), je verrai où j’en suis par rapport au cyclisme. Je déciderai alors si je mets mes études entre parenthèses. Si j’ai un bon contrat, c’est ce que je ferai. Si je stagne ou si je régresse, je tâcherai de les poursuivre. Mais j’espère que ça va continuer dans le bon sens ».