À la découverte de… Lewis Askey

À sa sortie des rangs juniors, où son talent a éclaté aux yeux de tous, Lewis Askey était un jeune homme convoité dans la perspective de la saison 2020. Plusieurs équipes, et l’institution British Cycling en premier lieu, lui ont ainsi fait les yeux doux, mais le jeune Anglais a finalement donné sa préférence à l’équipe continentale Groupama-FDJ, rejoignant ainsi son voisin des Midlands de l’Ouest, Jake Stewart. Comme ce dernier, Lewis nous a accordé un peu de son temps pour apprendre à le connaître davantage.

Le public averti l’avait repéré lors d’une journée de printemps 2018. Un longiligne gamin de 16 ans, flanqué de l’Union Jack, exultait dans le vélodrome de Roubaix, arrivée mythique de l’Enfer du Nord dont il venait de remporter l’édition junior. Un public un peu plus large l’a découvert cette année, début mars, lorsqu’à soixante-sept kilomètres de l’arrivée du Samyn, parmi les pros, ses coup de reins dans la côte pavée de la Roquette lui permettaient de prendre seul, bien que momentanément, les rênes de la course. Un coup d’épée dans l’eau, mais déjà un aperçu du tempérament de Lewis Askey. « Ce que j’aime avant tout, c’est faire la course », insiste-t-il. « Faire la course » comme l’entendrait un enfant : à savoir être le plus rapide d’un point A à un point B. C’est d’ailleurs dès ses plus jeunes années que Lewis Askey a pris goût à la compétition, peu après avoir été introduit au vélo, et plus spécifiquement au VTT, par des parents eux-mêmes très sportifs. « Je pense que je n’ai jamais quitté le vélo depuis mes 3 ans », lance-t-il.

Un très jeune champion tout-terrain

Pourtant, c’est d’abord dans les bassins qu’il démontre un certain potentiel. « Ma mamie est coach en natation, je nage depuis tout petit et j’ai fait de la compétition jusqu’à onze ans environ », précise-t-il. Quelques résultats suivent mais lui n’est pas convaincu. « J’adore toujours nager, particulièrement l’hiver, mais la natation devient trop sérieuse trop vite, expose-t-il. Pour trois sorties de vélo par semaine, il aurait fallu que je fasse 5-6 entraînements de natation. C’est la raison pour laquelle j’ai arrêté. Je ne me voyais pas faire toutes ces heures en aller-retour, à regarder le fond de la piscine encore et encore. En réalité, j’aime la compétition, et la natation, comme n’importe quel autre sport, me permettait de faire la course ». Dès lors, le cyclisme reprend le dessus, et ce bien que le natif de Cannock, au nord de Birmingham, continue de toucher à d’autres sports. Faire du vélo n’a d’ailleurs comme finalité « que le plaisir » jusqu’à ses 12-13 ans. C’est en arrivant dans la catégorie des minimes que son esprit compétitif s’est franchement attisé, après avoir goûté à divers cyclo-cross. « J’ai commencé à me dire : ‘’en fait, je veux vraiment gagner cette course, et puis cette course, et je vais m’entraîner un peu plus encore pour celle-là’’ ».

Plus impliqué, mieux encadré, le jeune Lewis commence à faire son trou, sans pour autant imaginer le « petit » exploit dont il sera l’auteur quelques mois plus tard. Il a 14 ans lorsqu’il rafle quatre titres de champion de Grande-Bretagne. Quatre titres … dans quatre disciplines cyclistes différentes. Peut-être une première. Il est ainsi couronné sur route, en VTT, en cyclo-cross et sur piste ! « C’était fou pour moi, se souvient-il. Je sais très bien que les gens disent que ça ne veut pas dire grand-chose à 14 ans, mais je m’accroche toujours à ça, j’en suis encore fier aujourd’hui ». Une performance permise par la complémentarité de la route et de la piste, essentielle en Grande-Bretagne, mais aussi par son envie de rouler l’hiver dans les bois et les labourés. « S’il y a une opportunité de courir, et qui plus est de réaliser des résultats, alors pourquoi ne pas le faire ?! », sourit-il. Petit à petit, il doit naturellement insister sur certaines disciplines plutôt que d’autres, mais il continue de prouver, chez les cadets puis les juniors, que ses résultats hâtifs n’avaient rien d’hasardeux. « J’ai évolué de manière progressive, assure-t-il. J’ai toujours réussi à m’élever au niveau des autres. À 16 ans, j’ai décroché de bons résultats et j’ai été sélectionné par la British Cycling Academy. C’est peut-être là que tout a changé. J’ai été choisi parmi les cinq meilleurs de toute la Grande-Bretagne, ça voulait dire quelque chose pour moi. C’était probablement un tournant ».

Percée chez les juniors et recherche de l’équipe parfaite

Le jeune homme quitte temporairement son île et s’en va disputer ses premières courses internationales sur le continent. Les premiers résultats ne tardent pas, et après une treizième place encourageante sur Gand-Wevelgem, Lewis Askey crée donc la sensation sur Paris-Roubaix. « Lever les bras dans le vélodrome, avec toute cette foule, c’est un sentiment que je n’oublierai jamais. J’y repense souvent, c’est une source de motivation, et c’est peut-être ce qui a tout déclenché, explique-t-il. Sans vouloir paraître trop confiant, je n’ai jamais douté de mes capacités, mais je ne pensais pas, plus jeune, que faire du vélo deviendrait mon métier. J’ai simplement pris les étapes les unes après les autres, sans vraiment penser au reste ». Après Roubaix, il y fut contraint. Les offres ont afflué et « la machine s’est mise en route », concède-t-il. Cela ne l’empêchait pas de confirmer, avec une médaille d’argent sur le championnat de Grande-Bretagne sur route, une victoire sur le prologue du Tour Assen (Pays-Bas) et une deuxième place sur la reconnue ‘’Philippe Gilbert juniors’’. À la suite de cette saison pleine, il prend tout de même le temps de retrouver ses premières amours dans les labourés, non sans exceller. Chez les maîtres de la discipline, en Belgique, il se permet ainsi de décrocher quatre podiums, l’un deux sur une manche de Coupe du Monde, à Heusden-Zolder. Il échoue simplement à la deuxième place de son championnat national derrière Ben Tulett, sacré peu de temps après aux Mondiaux juniors.

Sa trêve hivernale n’a de trêve que le nom et, bientôt, la route reprend ses droits pour sa deuxième année juniors. « Je termine dans le top 8 de mes quatre premières courses en 2019 », rappelle-t-il, parmi lesquelles Gand-Wevelgem (2e), Kuurne-Bruxelles-Kuurne (6e) et Paris-Roubaix (8e). « Je ne gagnais pas, mais j’étais là, régulier dans ce début de saison. Cela m’a aidé à être confiant sur l’avenir et ne pas avoir à paniquer quant à ma recherche d’équipe ». L’esprit libéré, il enchaîne les grosses performances avec un podium sur le Tour des Flandres Juniors (3e) mais aussi la victoire finale sur le Tour de l’Île de Man, cher à Mark Cavendish, ainsi que sur le Tour du Pays de Galles, considérée comme la plus prestigieuse course par étapes britannique chez les juniors. Il affirme son statut à l’échelle nationale et continue d’exceller en Belgique (5e du Keizer der Juniores, 6e de la Philippe Gilbert). Cette saison de la confirmation lui ouvre de nombreuses portes, et c’est celle de la Conti Groupama-FDJ qu’il décide de franchir. « Je recherchais le meilleur endroit au monde pour moi, raconte-t-il. C’était donc un long processus de réflexion et j’ai fini par penser que Groupama-FDJ était cet endroit. Je souhaitais aussi avoir un peu d’indépendance, faire ma vie, prendre du plaisir dans ce que je faisais. Je pense que chez British Cycling, en plus de faire de la piste, ce qui ne m’intéressait pas trop, j’aurais été moins libre de mes mouvements. Ici, par exemple, on m’a autorisé à faire du cyclo-cross cet hiver. Cela n’aurait pas été le cas là-bas. Ici, je peux courir les courses que j’ai envie de courir, le calendrier est de très bonne qualité. En rejoignant l’équipe, j’avais vraiment l’impression de choisir le meilleur endroit pour progresser ET être heureux dans ma pratique du sport ».

« Mon cœur est aux Classiques mais je ne veux rien exclure »

Il reconnaît aussi avoir joui d’un conseiller de choix pour le guider dans sa décision. « Le rôle de Jake [Stewart] a été fondamental dans ma venue, assure Lewis. Il est passé par British Academy et il avait passé un an ici. Il n’y avait donc concrètement pas de personne mieux placée que lui pour répondre à mes interrogations. On a beaucoup échangé en privé et il n’avait aucune raison de me mentir. Je lui ai carrément demandé ce qu’il détestait et ce qu’il adorait chez Groupama-FDJ. Je pense que le fait que je sois ici aujourd’hui montre que l’équipe fonctionne parfaitement et que Jake n’avait que du bien à dire. J’étais sûr à 100% d’être heureux en débarquant ici ». Bien que la saison ait été rapidement suspendue, celui qui fêtera ses 19 ans début mai a tout de même eu le temps de se faire une idée du fonctionnement de la structure. « Jusque là, j’ai été impressionné, dit-il. Le staff est incroyable, tout le monde travaille super bien ensemble, tout le monde tire le meilleur de chacun. Ils me donnent tout ce dont j’ai besoin pour devenir meilleur et ça apporte une vraie tranquillité d’esprit. Depuis le début je n’ai eu à m’inquiéter de rien, j’ai presque l’impression d’être en WorldTour. Pour moi, il n’y a aucune différence, c’est aussi pourquoi je pense que c’est une super équipe pour progresser. La nutrition, les entraînements, les soins, rien n’est survolé. On est comme dans une bulle. Tout est fait pour qu’on s’imprègne de cet état d’esprit de coureur professionnel. »

Un statut dont il n’a donc pu profiter qu’à deux reprises en course cette année, lors du Ster van Zwolle (34e) et du Samyn (54e). Deux sorties lors desquelles il a déjà toutefois pu confirmer ses prédispositions, dans le vent batave ou bien sur les pavés belges. « Je ne sais pas quoi attendre de cette année, nuance-t-il. Je ne sais pas où je vais me situer chez les Espoirs et sur quelles courses je peux bien performer. À part Roubaix (désormais annulé, ndlr), il n’y a aucune course que je visais vraiment. Je veux surtout que cette année soit celle de l’apprentissage et de ma progression en tant que coureur ». Ceci dit, ses performances passées, son physique assez robuste et son affect le dirigent naturellement vers les Classiques. « Je ne suis pas assez puissant pour être sprinteur, mais je sais sprinter. Je ne suis pas assez léger et pas assez fort sur les efforts longs pour être grimpeur, mais je peux grimper, énonce-t-il. Je pense en revanche être super polyvalent. On peut me mettre sur n’importe quelle course, peut importe le profil, je répondrai présent, même si je ne gagne pas. Je ne veux pas dire non à quoi que ce soit pour le moment, mais il est clair que mon coeur est à la route, et probablement aux Classiques. J’adore ce qu’elles représentent et proposent ; une météo horrible, de la pluie, du vent, des bordures, des pavés, des chutes… J’ai encore quelques années pour me développer et choisir. Je ne sais pas si j’irai plutôt sur un type ardennais comme (l’ancien) Gilbert ou flandrien comme Sagan. Je ne veux rien exclure tant que je n’atteins pas le WorldTour, où il devient là essentiel de se spécialiser pour gagner des courses. En attendant, je veux juste en apprendre plus sur moi et sur mon corps ».

« Vie de rêve » plutôt que burger congelé

Pour ce, il devra attendre que la saison reprenne ses droits. Il retrouvera alors son appartement bisontin, partagé avec son coéquipier italien Mattia Petrucci, où il a pu prendre ses repères durant quelques semaines, loin des siens. « J’aime ce coin de la France, ce n’est vraiment pas une contrainte d’être à Besançon, loin de ma famille. En plus, je reste seulement de février à octobre, et on bouge sans cesse sur les courses. On a aussi l’opportunité de rentrer à la maison 3-4 fois par an grâce à l’équipe qui paie les voyages. Et puis, je serais où si je n’étais pas là ? À l’Université. Donc également éloigné de ma famille. J’aurais des dettes, je me frapperais la tête contre la table tous les soirs, je mangerais un burger réchauffé à peine sorti du congélateur. Voilà ce que je ferais. Aujourd’hui, je vis une nouvelle expérience, j’habite dans un autre pays, je paie mon loyer, j’apprends le français… ». Il concède d’ailleurs avoir du pain sur la planche en la matière. « J’ai des bases, je peux poser de simples questions si j’en ai désespérément besoin. L’autre jour, je ne savais pas où jeter les poubelles et plusieurs résidents de l’immeuble m’ont vu, perdu, à travers leur fenêtre… J’ai réussi à dire quelques mots et à comprendre ce qu’ils me disaient. En gros, je n’étais pas au bon endroit (sourires). Je crois savoir qu’on aura droit à des leçons de français cette année. J’essaie de l’apprendre de mon côté pour le moment, mais le truc, c’est que l’équipe est presque trop bonne en anglais. C’est certes plus simple pour moi, mais ça veut aussi dire qu’il faut que je crée moi-même les situations pour parler français ».

Rentré en Angleterre durant la trêve forcée par la pandémie de Coronavirus, Lewis Askey n’aura pas l’occasion de s’adonner à la pratique de la langue de Molière ces prochaines semaines. Il ne pourra pas non plus pleinement profiter de l’une de ses passions, la photographie, dont il a d’abord réussi à tirer un peu d’argent pour le réinvestir dans un équipement plus évolué. « Je continue à en faire quand j’ai du temps libre, ou hors saison, mais par pur plaisir. Ce n’est pas une activité très fatigante et ça permet de bien déconnecter du sport », qui reste son premier centre d’intérêt. « Si je coupe avec le vélo, je continue à faire du sport, tous les sports, n’importe quel sport ; running, natation, squash, tennis, marche. Et même si je fais désormais tout ce qu’il faut, que je suis professionnel dans mon approche du cyclisme, je n’ai pas l’impression de faire quelque chose de sérieux puisque je fais quelque chose que j’aime. Je vis un rêve. Je gagne ma vie grâce au sport. Mon travail, c’est d’une part d’être en bonne forme physique, et d’autre part de sortir à vélo. Ce qui est ni plus ni moins que ma passion ».