À la découverte de … Clément Davy

Du haut de ses 21 ans, Clément Davy compte parmi les jeunes hommes les plus expérimentés de la « Conti » Groupama-FDJ. Présent dès l’année de lancement de l’équipe, le natif de Fougères revendique un profil pas des plus communs dans l’Hexagone ; celui de rouleur, qui lui a d’ailleurs déjà permis d’accrocher de beaux trophées à son tableau de chasse. Nous sommes partis à sa découverte.

Originaire de Mayenne, amoureux de Paris-Roubaix et membre de l’organisation Groupama-FDJ ; s’il s’agissait d’une énigme, la réponse coulerait de source. Or, on parle ici de Clément Davy, qui partage ces points communs avec son patron. En revanche, c’est plus au Nord du département, à près d’une centaine de kilomètres de Renazé, que le jeune homme a débuté le cyclisme, dès l’âge de six ans, au sein du Bocage Cycliste Mayennais. « J’ai suivi mon grand frère Corentin, amorce-t-il. Je l’accompagnais sur ses courses avec mes parents quand il était en école de cyclisme ». Aussi inspiré par son père, qui a toujours été « un amoureux de la nature et du vélo » sans qu’il n’ait toutefois eu l’occasion d’en faire en compétition, Clément chope rapidement le virus et ne s’en détournera plus. « Vraiment bien entouré » dans son club d’origine, il y restera d’ailleurs pendant douze ans. Le temps de progresser, petit à petit, et d’obtenir ses premiers résultats probants … sur la piste. « Au début, je ne connaissais que le vélo de route, admet-il, mais les dirigeants nous mettaient aussi à la piste à partir de la catégorie minimes. Puis, chez les cadets j’ai pu participer aux championnats départementaux et régionaux, où j’ai été en réussite. Cela m’a ouvert les portes du championnat de France ».

Du Sport Études à ses premiers maillots tricolores

Cette première année chez les cadets coïncide surtout à son entrée au lycée en Sport Études à Flers, en Normandie. Un cursus similaire à celui de son frère, et pour le moins décisif dans sa progression. « C’était un réel objectif d’y rentrer, mais c’était mal parti, se remémore-t-il. J’étais sur liste d’attente, bien qu’en première position. J’ai alors eu une chance énorme puisque le Sport Études filles s’ouvrait cette année-là, et grâce à ça, il y a eu de la place pour trois nouveaux garçons ». Dès cet instant, le cyclisme, jusqu’alors son « sport du dimanche » devient « un vrai mode de vie ». « J’ai immédiatement vu la différence grâce à l’emploi du temps aménagé, assure-t-il. J’ai tout de suite progressé, j’ai commencé à plus m’entraîner, à être plus rigoureux. Avant le Sport Études, je n’avais pas l’ambition de faire une carrière dans le vélo, mais je savais que si je voulais au moins espérer quelque chose, passer par là allait énormément m’aider. Je savais que ça pouvait m’ouvrir énormément de portes. Je ne peux pas dire que j’avais un gros potentiel tout de suite mais j’ai passé des caps année après année et respecté une progression linéaire ». Toujours sur l’exemple de son frère, il tente de concilier les études et le cyclisme avec un BTS comptabilité-gestion après le bac, mais ayant « peur de louper les deux » car ne réussissant pas parfaitement « à jongler avec l’un et l’autre », il donne alors sa préférence au volet sportif.

Il faut dire que ses années lycée lui permettent alors d’exploiter réellement ses capacités et de lui ouvrir de nouvelles perspectives. Lors de sa deuxième année chez les cadets, parmi moult résultats, il conquiert ainsi deux titres de champion de France sur la piste, dans la poursuite et la course aux points. Parallèlement, il s’affirme également sur la route et particulièrement à l’occasion… du Trophée Madiot. « Je n’ai fait que deux manches, précise-t-il. Ce sont les plus belles courses à cet âge, avec le championnat de France, et je voulais performer. C’est ce que j’ai réussi à faire à Laval, où je finis deuxième, et à Chateaubriant, où je termine troisième du contre-la-montre. J’étais vraiment ravi car je savais que les frères Madiot regardaient ça du coin de l’oeil ». Alterner les deux disciplines devient « un peu plus compliqué mais toujours jouable » à son entrée chez les juniors, qu’il combine à son intégration à la structure BTwin U19 Racing Team. Il signe ainsi une troisième place sur le Trophée Sébaco et une cinquième au championnat de France du chrono d’un côté, et des podiums au Challenge National de cyclisme sur piste d’autre part. La saison suivante est bien plus prolifique. Grâce à ses capacités dans l’effort individuel, il domine la Route d’Éole et les Boucles du Sud Avesnois, termine troisième du Trophée Centre Morbihan, épreuve de la Coupe des Nations, mais s’adjuge surtout le titre de champion de France du chrono. « J’avais gagné tous mes chronos jusque là, je n’avais le droit de le louper. Il n’y avait pas d’autres choix que d’être premier. Durant la journée, tout s’est presque facilement enchaîné, c’était la suite logique ». Ce n’est, qui plus est, pas son unique titre national en cette saison 2016, puisqu’il décroche aussi celui en poursuite par équipes, qu’il cumule avec deux médailles d’argent aux championnats de France piste Juniors (poursuite et course aux points).

La Conti Groupama-FDJ, une suite logique

Grâce à cette année pleine, il obtient le support de la Fondation FDJ au moment d’accéder à la catégorie Espoirs, qu’il débute sous le maillot de Laval Cyclisme 53, chez lui. « Je ne voulais pas aller trop loin, et j’ai pu aussi faire un an aux côtés de mon frère », rappelle-t-il. Surtout, il prend encore davantage conscience du champ des possibles. « J’ai tout cumulé : piste, chrono, courses en ligne, et ça marchait, ajoute-t-il. Avec la Fondation, on participait à des stages, on avait des entraîneurs, des capteurs de puissance, une plateforme, un peu comme à la Conti actuellement. Je me disais : ‘’maintenant tu es vraiment suivi, c’est à toi d’être sérieux et performant, et il y a moyen de faire quelque chose’’. » Ça ne manque pas. À peine sorti des rangs juniors, il remporte trois courses estampillées Elite Nationale, termine aussi second du Tour de Loire-Atlantique, mais retient surtout son succès sur Manche-Océan. « J’ai pu lever les bras juste devant quatre grands coureurs amateurs : Nicolas David, Fabien Schmidt, Cédric Delaplace et Clément Mary. Plus jeune, je me disais ‘’Wow, ils marchent terrible’’. Alors quand j’ai réussi à les battre en Espoirs 1, je me suis dit que ça valait quelque chose ». Il affronte aussi des coureurs élites lors des championnats de France sur piste. Il est même sacré avec ses collègues de la poursuite par équipes et remporte l’argent au scratch, seulement devancé par Thomas Boudat. L’année suivante, avec Sojasun Espoirs, il confirme sur le calendrier amateur avec des succès sur le Grand Prix U, dans les Côtes d’Armor, mais surtout le chrono de la Boucle de l’Artois. « Gagner en Coupe de France DN1 c’était quelque chose, mais gagner sur un chrono, c’était un réel objectif », dit-il encore fièrement.  

Durant sa seconde année Espoirs, lors de laquelle il prend aussi la cinquième place du chrono des ‘’France’’, émerge par ailleurs le projet d’une équipe continentale du côté de la Groupama-FDJ. « Le fait d’être dans la Fondation m’a aidé, j’étais suivi depuis un moment, explique-t-il. Cela étant dit, il fallait performer car on était plusieurs dans ce cas et nous n’avons pas tous signé dans la Conti. C’est la loi du sport, il faut toujours continuer à prouver ». Pour l’anecdote, c’est dans les gradins du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines qu’il entérine son futur proche. « Ça m’avait marqué car j’ai signé mon contrat avec Marc dans les mêmes tribunes où, 4-5 ans auparavant, je regardais François Pervis avec des grands yeux aux Mondiaux ». Le lieu n’avait rien d’anodin puisque Clément Davy profitait alors de l’hiver pour poursuivre son activité sur la piste, s’en allant d’ailleurs décrocher un peu plus tard un podium en Coupe du Monde dans l’épreuve du scratch. Toutefois, « après avoir beaucoup donné » dans cette discipline au cours de cet hiver, il reconnaît être arrivé à un point de saturation. « J’ai remarqué que pour moi, allier les deux devenait de plus en plus compliqué. Il est possible de le faire, mais il faut en être capable. Si je voulais continuer d’exceller sur piste, il fallait peut-être que je mette la route de côté, ou inversement ». Conséquence directe, son début de saison avec la « Conti » n’est pas conforme à ses attentes. « Ça a été un peu compliqué, reconnaît-il. J’ai eu du mal à mettre en route, je n’étais pas à mon niveau ». La machine se débloque début juin sur Paris-Roubaix Espoirs, qu’il achève à une honorable 13e position. « J’aurais signé pour ce résultat avant la course même si pendant j’espérais mieux. Comme je suis humble, je me dis toujours que si je fais 13e, je ne peux pas dire que je suis déçu quand un autre fait 60e. Je me dis que ça aurait pu être mieux, oui, mais je ne crache pas dessus ».

L’épisode martiniquais et son amour du chrono

Un peu déçu de son championnat de France du chrono avec les élites (20e), il s’envole début juillet pour le Tour de Martinique avec un seul objectif. « J’ai dit à mon entraîneur : ‘’Y’a pas à ch***, je ne peux pas repartir sans victoire’’. » Il en rafle trois. En quatre étapes. « Ce n’est qu’une fois les pieds là-bas que Jérôme (Gannat) m’a dit que j’étais leader pour le général. Je ne m’y attendais pas mais j’ai pris ce rôle très à cœur. Ça m’a donné énormément de confiance. Très souvent quand on me donne un rôle, je le respecte et je le remplis. Et quand on me donne le rôle de leader, je passe très rarement, voire jamais, à côté. Je n’ai pas envie de décevoir ceux qui me font confiance et travaillent pour moi. Je ne m’autoproclame jamais leader ou plus fort qu’un autre, je respecte le choix du directeur sportif, puis il y a les circonstances de course… ». L’une d’elle, malheureusement, le conduit à abandonner ce même Tour de Martinique en raison d’une chute quelques mètres après avoir célébré son troisième succès. Résultat, une sévère fracture du radius et deux mois d’absence. « Cette chute a été un mal pour un bien, relativise-t-il. Bien sûr, je donnerais tout pour ne pas l’avoir vécue, mais cette expérience m’a fait apprendre énormément sur moi-même, sur mes capacités, sur comment gérer la reprise, la blessure, l’entraînement et mon corps ». Malgré un poignet encore « tout raide », il revient avec brio en fin d’année. « Mon mois d’octobre est une vraie satisfaction, soutient-il, même si j’en ai bavé pour revenir et retrouver un bon niveau. La cerise sur le gâteau a été le podium sur le Chrono des Nations, qui avait un petit goût de victoire pour moi. Ça m’a donné de la niaque pour repartir de plus belle ».

Au-delà du sportif, sa première année au sein de la Conti a en tout cas représenté « une super expérience ». Il détaille : « On est tous rassemblés, et en termes de formation, on est aux petits oignons pour notre récupération, pour optimiser notre apprentissage dans ce métier. J’ai énormément appris et le fait d’être sur Besançon m’a beaucoup fait progresser dans les côtes, ce qui n’est pas forcément mon profil ». Car le sien, c’est effectivement davantage celui d’un rouleur, et ce depuis très jeune. « Le chrono est vraiment une discipline de cœur, affirme-t-il. J’ai toujours aimé ça, c’était en moi dès le début. J’ai toujours eu l’impression que j’allais vite, plus vite que les autres… J’aime cet effort solitaire, le fait de sentir que moi et ma machine allons super vite. C’est une adrénaline que j’adore ». Il a donc légitimement accentué son travail dans le domaine, d’abord chez les juniors puis chez les Espoirs où c’est devenu son « vrai point fort ». Pour autant, il reconnaît ne pas en avoir disputé tant que ça en jetant un coup d’oeil dans le rétroviseur, et se désole de voir l’exercice quelque peu délaissé dans l’Hexagone. « On peut toujours faire en sorte de combler le manque d’expérience mais c’est quand même très dommage », pointe-t-il. Lui n’a en tout cas aucune intention de le mettre de côté et trépigne même d’impatience à l’orée de chaque rendez-vous chronométré. « Deux jours avant, je sais comment ma journée va se passer. Tout est au millimètre, tout est cadré, il y a juste à suivre le déroulé de la journée, et quand le départ est donné, il faut juste bien gérer son effort ».

Fasciné par les pavés, « role player » assumé

Néanmoins, comme esquissé en introduction, il éprouve aussi une grande attraction pour les épreuves du Nord, y compris les Flandriennes bien qu’il n’y ait pas encore goûté en compétition. En revanche, Paris-Roubaix apparaît déjà très haut dans son tableau de marche. « J’ai pu rouler sur des pavés pour la première fois en cadets, se remémore-t-il, et j’ai tout de suite adoré ça. Je n’étais pas forcément à l’aise mais ça m’a énormément plu et c’est la course que j’ai toujours regardée à la télé plus jeune ». Ce n’est pourtant qu’en deuxième année Espoirs qu’il y fait ses débuts. Plusieurs problèmes mécaniques inhérents à la course le freinent dans son chemin vers le vélodrome. « Mais ça m’a aussi forgé, insiste-t-il. Et dès que j’ai fait franchi la ligne, même à la 62e place et avec des cloques partout sur les mains, j’avais déjà envie d’être à l’année suivante ». Avec la Conti, il flirte avec le top 10 et se paie surtout une belle dose de frissons en dévalant quelques secteurs en tête. Impatient de remettre ça en 2020, l’annulation de l’épreuve l’a par conséquent « rendu vachement triste ». Il entend de fait prendre sa revanche sur d’autres secteurs, ceux caillouteux de Paris-Tours qui l’ont également séduit l’an passé. Mais au moment de synthétiser, « plus les années passent, plus la case de rouleur me correspond », acquiesce-t-il. « Tant pour les contre-la-montre que pour tirer le peloton pendant un moment afin de gérer l’échappée ». À ce titre, il voue une sincère admiration pour Tony Martin, non seulement car « il roule extrêmement vite en chrono, peut bien faire dans les Classiques » mais aussi pour son abattage en tant qu’équipier. « Quand je le vois capable de faire énormément de kilomètres en tête de peloton, je me dis que c’est vraiment le coursier que j’aimerais être ».

Au rang des domaines à perfectionner, Clément Davy n’hésite pas bien longtemps. « Mon explosivité, clame-t-il. Je ne suis pas du tout sprinteur, et même si je sens que ça va de mieux en mieux, j’ai du mal à démarrer. Je préfère les efforts longs. Sur certaines courses, ça m’a privé de bons résultats, même si le fait d’être rouleur m’en a apporté d’autres. Mais par exemple, au championnat de France Espoirs 2018, je jouais la gagne au sprint avec quatre autres. J’ai fini cinquième. J’avais les boules car j’avais tout mis, mais c’est la loi du sport. C’est frustrant mais il faut que j’y travaille ». Dans le champ extra-sportif, c’est sur la langue anglaise qu’il s’est penché ces derniers mois, dans un souci de développement personnel mais également pour faciliter ses rapports avec ses collègues, qu’il espère d’ailleurs retrouver au plus vite. « Dans l’équipe, on n’est que cinq Français, le reste est étranger, et ça parle forcément anglais, indique-t-il. Lors de ma première année, ça m’a un peu gêné et je me suis senti bête de ne pas avoir peaufiné mon anglais plus jeune. Désormais, je le travaille pour pouvoir bien communiquer dans et en dehors du peloton. J’avais surtout du mal à me faire comprendre, mon anglais était moche et haché. Je veux qu’il soit maintenant fluide. Et à ce titre, je crois que le Clément anglophone pré et post-Covid ne sera pas du tout le même ».