À la découverte… d’Antoine Raugel

Arrivé cet hiver au sein de la « Conti », Antoine Raugel fait partie des coureurs les plus expérimentés du cru 2021 de l’équipe bisontine, du haut de ses 22 ans. Adonné à la pratique du cyclisme depuis quinze ans, le jeune Alsacien dispose déjà d’un gros bagage dans le sport. Nous sommes partis à sa découverte pour en savoir davantage sur cet ancien crossman, qui n’a pas manqué ses débuts avec sa nouvelle formation.

D’aussi loin qu’il se souvienne, Antoine Raugel a toujours baigné dans le cyclisme. Fils d’un solide coureur Amateur alsacien, avec qui il a naturellement arpenté les courses régionales, il semblait ainsi prédestiné à suivre cette voie. La réalité n’est pas aussi simple. Il n’a certes que sept ans lorsque l’aventure sur deux roues débute véritablement, mais le vélo est venu à lui plus que lui n’est allé au vélo. « Au début, je faisais du basket et du judo, énonce-t-il. Mon père me freinait vis à vis du vélo. Selon lui, on risque de saturer plus vite si on commence trop tôt. Or, un jour, un encadrant du club de mon père, le Vélo Club Eckwersheim, est venu sonner chez nous. Il leur manquait un poussin pour faire le concours complet des écoles de cyclisme en Alsace, qui était une compétition importante à l’époque. Daniel, c’est son prénom, m’avait déjà vu monter sur un vélo et voulait que je prenne une licence pour compléter l’équipe. Il a eu beau insister, il est reparti avec un non de mes parents. Mais une semaine après, il est revenu toquer à la porte et nous a dit : ‘’Je lui ai payé sa licence, il est obligé de venir !’’ ». Et Antoine Raugel ne tarde pas à récompenser l’investissement de son « bienfaiteur », lors du fameux rendez-vous régional. « J’y suis allé, et j’ai gagné la première épreuve du concours complet : l’épreuve sur route, se rappelle-t-il. C’est drôle car personne ne me connaissait. Ensuite, il y avait les jeux d’adresse, mais je n’en avais jamais faits, donc j’étais nul. En revanche, j’ai gagné le cyclo-cross et le sprint derrière ! J’ai terminé deuxième du concours complet. Pour ma première, c’était cool et le club était super content. J’y ai vite pris goût ».

Un vélo à son nom, le cyclo-cross comme passion

Pour la petite histoire, c’est sur une monture originale, au propre comme au figuré, qu’il savoure ses premiers coups de pédale. « Mon père, qui est métallier, m’avait fabriqué un petit vélo lui-même, avec des tubes de chauffage, sourit aujourd’hui Antoine, qui n’a à son grand damne pu remettre la main sur l’objet. Il l’avait aussi peint. Du coup, la marque du vélo était Raugel ! » Le vélo est néanmoins assez vite remplacé, alors que le jeune homme décide de délaisser ses autres activités sportives aux alentours de dix ans. « Le vélo était mon sport de compétition, je le faisais pour faire la course et me mesurer aux autres, complète-t-il. À cet âge-là, on ne se rend pas vraiment compte qu’on a des qualités, mais quand j’étais petit, je gagnais quasiment tout en Alsace. J’avais aussi fait le Trophée de France des jeunes cyclistes et je me suis rendu compte que j’étais dans le match au niveau national. Je ne m’entraînais pas. À cet âge, ça se fait au talent, à celui qui a la plus grosse maturité physique. C’était mon cas ». Pour un semblant d’entraînement, il faut attendre l’entrée dans la catégorie « minimes », où il se joint à son père pour quelques sorties. « Je voulais toujours le battre, du coup je n’avais pas besoin de faire trop de kilomètres car je faisais tout à fond, se souvient Antoine. On faisait la course, mais il jouait avec moi, il me rattrapait au dernier moment et me chambrait à coups de « à moi le podium et les fleurs ». Ça me rendait vert, j’étais très mauvais perdant ! »

Si son père lui donne du fil à retordre dans la compétition intrafamiliale, le jeune garçon est bien plus à son aise face à une concurrence de son âge. Il devient progressivement une petite référence au niveau alsacien, dans sa génération, sur route… comme dans les labourés.  « Dès le début, le cyclo-cross a été ma discipline préférée, reprend Antoine, qui a aussi goûté à la piste dans ses jeunes années. Chez les cadets, mon père n’était pas très chaud à l’idée de faire les déplacements du Challenge National, jusqu’en Normandie par exemple. En Cadets 1, la première manche était à St-Etienne-les-Remiremont, à deux heures de chez nous, alors on avait décidé d’y aller. Il m’avait dit que si je rentrais dans les points, on irait sur les autres manches. J’étais motivé comme un fou et j’ai réussi à rentrer dans les points (19e sur 188, ndlr). C’est la première chose que je lui ai dit quand je suis arrivé ! » Au début, le cyclo-cross était davantage un objectif que la route. C’est là où je me faisais le plus plaisir et là où j’avais le plus envie de réussir ». Dans sa première année Cadets, ce sont pourtant ses résultats sur le bitume qui attirent l’œil de la U19 Btwin Racing Team. Antoine Raugel se distingue notamment sur les « Challenges de l’Est », en remporte la dernière manche, et profite bientôt du soutien et de l’accompagnement de la structure de formation. Il s’agit là d’un premier tournant dans son cursus.

Une seconde année juniors « incroyable »

« Je me disais que s’ils m’avaient choisi, ce n’était pas pour rien, expliquait Antoine. Ils ont vu que j’avais du potentiel. C’est aussi eux qui m’ont donné mon premier vélo de route. Jusqu’alors, je roulais avec des vélos de cyclo-cross sur la route et je changeais les pneus. Pour moi, cette structure a réellement été une chance. Sans elle, je ne serais jamais arrivé à ce niveau-là. Ils m’ont donné accès à un entraineur, à un équipement, à des courses de plus haut-niveau, à des conseils, des stages. Ça m’a été très bénéfique. J’aimais aussi le double projet. Je ne voulais pas arrêter l’école, je savais que c’était important et j’avais quelques facilités ». Sur le plan sportif, il a dès lors l’occasion de disputer le Trophée Madiot « une belle valeur étalon », et s’illustre dès sa première apparition, à Châteaubriant. Il termine sixième du chrono, troisième de la course en ligne et valide ses qualités à l’échelon supérieur. En 2016, pour son entrée dans la catégorie Juniors, il monte sur le podium d’une manche de Coupe de France, en Normandie, termine dixième du championnat de France du chrono mais réalise surtout une belle saison dans les sous-bois, avec à la clé une cinquième place au championnat d’Europe et une sixième place en Coupe du Monde à Valkenburg. En raison de la difficulté à s’entraîner en fin de journée l’hiver, après les cours, il subit un « coup de mou » et ne peut aller disputer les Mondiaux de la discipline, remportés quelques semaines plus tard par un certain Tom Pidcock.

Parfaitement régénéré au moment d’attaquer sa seconde saison Juniors, Antoine Raugel connaît une année « incroyable ». Sous les couleurs de la structure Btwin U19 Racing Team, il s’en va ainsi disputer de nombreuses courses hors du territoire hexagonal et obtient une demi-douzaine de top-10, au Pays-Bas, en Belgique ou au Luxembourg. « Il y a tous les meilleurs juniors du monde sur ces courses, ça fait énormément progresser, assure-t-il. J’ai pris beaucoup d’expérience, et si j’ai été tellement en réussite aux championnats de France plus tard dans l’année, c’est assurément grâce à ces courses à l’internationale ». Fin juillet, il est en effet l’homme du rendez-vous bleu-blanc-rouge dans sa catégorie, à Saint-Amand-Montrond. Il doit se contenter de la médaille d’argent, pour huit secondes, dans le contre-la-montre, mais ne laisse pas échapper le maillot tricolore lors de la course en ligne. À cela, il cumule une victoire sur le Tour de la Vallée de la Trambouze, une deuxième place sur le Chrono des Nations Juniors et une multitude de places d’honneur sur le plan national. Cette excellente saison 2017 lui vaut ainsi une place au Chambéry Cyclisme Formation l’année suivante, et il doit donc quitter son club d’Eckwersheim, non sans un pincement au cœur. « Ils m’ont beaucoup aidé, notamment financièrement, et je ne les oublie pas », dit-il en forme d’hommage.

Livreur pendant le confinement et envies d’ailleurs

Arrivent donc les années Espoirs, moment où il doit aussi faire le choix déchirant de mettre de côté le cyclo-cross. Ce qui s’avère néanmoins payant sur route dès la première année. « J’ai fait une très bonne saison, j’avais déjà un bon niveau sur les Elites », soutient-il, fort de plusieurs places d’honneur chez les amateurs et d’une dixième place sur Paris-Roubaix Espoirs et sur le Trophée Edil C, en Italie. La transition apparaît des plus limpides, mais sa seconde année dans la catégorie est plus compliquée. « J’ai eu un peu plus de mal, des blessures, des hauts et des bas, relate-t-il. Je me mettais la pression, aussi car on m’attendait à un meilleur niveau encore qu’en Espoirs 1. C’était compliqué. C’était parfois très mauvais, parfois très bon, je ne réussissais pas à retrouver une régularité ». Une victoire à Belley et quelques accessits lui laissent un goût d’inachevé, auquel il tente de remédier dès le début de sa troisième année Espoirs. Avec succès. Il s’impose sur le Circuit des 4 Cantons dès le mois de mars mais se voit interrompu dans sa montée en puissance une semaine plus tard par la crise sanitaire. « Ensuite, il y a eu le confinement, durant lequel j’ai livré les légumes », abrège-t-il avec malice. C’est à la suite d’une discussion avec sa grand-mère, elle-même habituée à faire ses courses à vélo, que l’idée germe chez l’Alsacien. Bricoleur, il fabrique une attache pour joindre une remorque à son vélo de route, et le voilà promu livreur occasionnel.

Ce faisant, il joint l’utile … à l’utile. « Au tout début, j’ai vraiment fait ça pour sortir, explique-t-il. J’avais besoin de bouger, de m’aérer, de travailler, de m’entraîner. De faire quelque chose, en fait. Je n’avais pas de programme d’entraînement, je m’adaptais en fonction des gens et des commandes ». D’abord limitée à ses proches voisins et à sa famille, l’initiative connaît un écho de plus en plus large, de par le bouche-à-oreille et la médiatisation qui en est faite. Le téléphone familial sonne plus que de coutume, les commandes s’empilent, si bien qu’il en compte jusqu’à « 7-8 » par jour sur la fin du confinement. « Je partais à 10h et je revenais à 14-15h, reprend-il. Je ne prenais pas forcément un compteur mais j’ai dû faire pas mal de kilomètres. En termes de trajets, ça doit s’élever à une bonne grosse centaine ». Relation de cause à effet ou non, il retrouve une bonne régularité, plus tard, lorsque se présente la fin de saison sur route. « J’étais au rendez-vous à chaque fois qu’on m’attendait, dit-il. J’ai gagné à Châtillon-Dijon et j’ai fait des top 10 sur les Coupes de France et sur le championnat de France Amateurs ». Ces résultats lui permettent notamment d’obtenir une place de stagiaire en fin d’année et de goûter à quelques courses de haut rang, telles que la Brussels Classics et Paris-Tours. Il a alors une révélation. « Je me suis dit qu’en 2021, je ne voulais plus refaire le même programme que j’avais depuis trois ans, explique-t-il. J’avais besoin de changement ».

« Je ne me suis raté sur aucune des courses »

La « Conti Groupama-FDJ » entre alors en jeu. « Je suis toujours resté un peu en contact avec Nico Boisson, qui m’avait entraîné lorsque j’étais dans la U19 Btwin Racing Team, rapporte-t-il. J’ai vu que le projet se développait vraiment bien. Nico et Jens qui m’ont présenté la structure et le calendrier, ça m’a vraiment beaucoup plu, tout comme la passerelle très intéressantes avec la WorldTeam.Je voulais m’exprimer et me montrer sur de plus grosses courses que le niveau élite français ». Alors élevé au rang de coureur professionnel début 2021, Antoine Raugel se rapproche aussi de son « rêve », celui de rejoindre le plus haut échelon du sport. À l’aube de sa quatrième et dernière année Espoirs, il a même l’occasion de se dévouer corps et âmes à sa pratique sportive, ayant bouclé son cursus scolaire avec un BTS en architecture métallique et une Licence Professionnelle Commercialisation de Produits et Services Sportifs en poche. « Si demain le vélo s’arrête, je retomberai sur mes deux roues », glisse-t-il. En attendant, c’est une toute nouvelle aventure qui a démarré l’hiver dernier, et le jeune homme de désormais 22 ans s’en est vite rendu compte. « Quand j’y pense, je me dis qu’on a accès à toutes les mêmes choses que la WorldTeam, insiste-t-il. On se sent vraiment dans la même équipe.Marc Madiot est même venu nous faire un discours au stage de début de saison, c’était hyper motivant. Il nous a bien expliqué l’objectif de la structure et le pourquoi de notre présence. J’ai apprécié qu’on nous dise aussi qu’on n’était pas là pour faire du remplissage avec la WorldTour ».

Figurant comme l’un des coureurs les plus aguerris du cru 2021 de la Conti, le natif de Strasbourg savait que viendrait l’opportunité de courir avec « les grands », mais il a tout de même apporté de vraies garanties dès la reprise. À l’offensive sur Le Samyn, sa première course, troisième de Paris-Troyes, cinquième du Giro del Belvedere et privé d’un autre résultat notable sur le Trofeo Piva (22e) en raison d’un bris de dérailleur, il a débuté la saison pied au plancher. « J’ai vraiment passé un cap cet hiver, notamment après avoir retrouvé Nicolas Boisson comme entraîneur, dit-il. J’ai réussi à être dedans immédiatement, et une fois qu’on est bien lancé, on enchaîne. Je ne me suis raté sur aucune des courses. J’ai toujours été là, soit en faisant du travail pour l’équipe, soit en allant chercher un résultat moi-même ». Sa belle forme lui permet alors de rejoindre Arnaud Démare, Stefan Küng & co lors du Tour de la communauté de Valence, relocalisé en avril. « Quand j’ai vu la composition de l’équipe sur la convocation, je me suis dit : ‘’ouch, il va falloir assurer’’ », rappelle-t-il. Il n’imaginait alors sans doute pas la « semaine de rêve » qu’il allait vivre avec ce groupe : quatre succès d’étape en cinq jours plus le classement final. « D’un point de vue personnel, je ne m’attendais pas à être à ce niveau là, relatait l’intéressé. J’étais content de mes sensations, mais surtout d’avoir rempli mon job à 120%. Quand Arnaud et Stefan viennent dire qu’on fait du bon travail et qu’il faut continuer comme ça, ça ne peut que motiver. Ça a aussi marché car l’équipe m’a vraiment mis à l’aise dès le départ. On m’a tout de suite considéré comme un coéquipier comme un autre, pas comme un petit de la Conti. Ça met d’emblée dans la bonne spirale ».

Un profil polyvalent

Au moment d’entamer la deuxième partie de saison, Antoine Raugel espère obtenir d’autres opportunités avec la WorldTeam, quelle que soit la course. Le jeune homme possède ainsi un profil intéressant puisque à l’aise sur divers terrains. « Je me considère comme un coureur bon un peu partout, sans être un crack dans un domaine, analyse-t-il. À part peut-être en descente, où je me sens très à l’aise. J’ai une bonne pointe de vitesse pour régler un groupe mais je ne gagnerai pas un sprint massif. J’aime les bosses de 4-5 kilomètres, mais je suis plus limité sur de vrais cols. Je roule aussi plutôt bien. Je me définirais comme un coureur complet orienté puncheur ». Davantage inspiré par les grands crossmen que les routiers durant son adolescence, l’Alsacien a aussi été marqué par les exploits d’un ancien de la maison, Philippe Gilbert. C’est d’ailleurs cette voie qu’il souhaiterait suivre. « J’aimerais bien développer mon profil de Classicman, assure-t-il. J’ai envie de m’imprégner de ce terrain. Ça me fait rêver. J’ai un faible pour les courses pavées, mais toutes les Classiques peuvent me plaire. Quand il y a du mauvais temps, du vent, des bordures et que ça se fait à l’usure, j’adore ! » C’est aussi là où son passif dans les sous-bois peut s’avérer pratique. « Le cyclo-cross m’a apporté un super bagage technique, dit-il. Quand il y a des trottoirs à sauter, des chutes à éviter, j’ai de bons réflexes. J’ai de bonnes trajectoires dans les descentes, dans les virages, et j’arrive à bien faire corps avec mon vélo pour ressentir l’adhérence. Ça m’a aussi donné cette giclette pour relancer en sortie de virage et ça m’a permis de développer ma capacité à réaliser des efforts max sur une heure. C’est aussi grâce à ça que j’arrive à être là sur des montées punchy ». Il ne reste plus qu’à lui souhaiter la même réussite que les ex-crossmen devenus routiers.