Après la déception, la réaction. En retrait lors de la première explication entre costauds mercredi sur le Tour de l’Ain, Brieuc Rolland a rebondi de belle manière ce jeudi lors de la troisième et dernière étape de l’épreuve hexagonale. Bien que distancé par une poignée de favoris dans le Col de Menthières, le jeune Breton est parvenu à raccrocher le groupe de tête au terme d’une splendide descente, puis a signé une encourageante troisième place à Lélex Monts-Jura. Son premier podium de la saison.
Au lendemain de la seule journée dédiée aux sprinteurs, le Tour de l’Ain prenait un virage à 360 degrés mercredi à l’occasion du deuxième acte, disputé entre Saint-Vulbas et Lagnieu, mais comprenant surtout deux ascensions du Col de Portes (14,5 km à 5,5%). Un premier tri parmi les concurrents pour le classement général était à prévoir, et malheureusement, la Groupama-FDJ United a fait les frais de cette première explication. Seul rescapé de l’équipe après le premier passage du col, Brieuc Rolland n’a pu tenir le rythme des meilleurs dans la deuxième montée, à environ quarante kilomètres du but. « Ça a été une surprise pour nous, indiquait William Green. Il s’est battu dans la première ascension, mais dans la seconde, il a craqué. Avec le recul, on peut penser qu’il n’avait pas assez récupéré après un bloc d’entraînement très intense ces deux dernières semaines. Cela, cumulé à la chaleur, peut expliquer sa contre-performance, mais on ne doit pas se chercher d’excuses. C’était une course importante à la fois pour Brieuc et pour l’équipe, et le résultat à l’arrivée n’est pas acceptable. L’équipe ne peut pas se permettre ce genre d’erreurs… Une fois qu’il a compris qu’il n’était plus en lice pour jouer le top 10 du général, il s’est relevé car il restait une étape ce jeudi et on voulait renverser la situation ».
« Brieuc a continué à se battre », William Green
Pour corriger le tir, il fallait néanmoins appréhender un parcours encore plus ardu que la veille ce jeudi. Bien que tracé sur seulement 130 kilomètres, le troisième acte affichait 3000 mètres de dénivelé à travers sept montées répertoriées, dont le Col de Menthières (9 km à 6%) avant un long faux-plat vers la ligne d’arrivée située à Lélex Monts-Jura. La Groupama-FDJ United a pris la course par le bon bout en insérant d’abord Johan Jacobs dans une échappée de huit hommes. « On voulait vraiment renverser la vapeur après hier, on était super motivés et on voulait produire quelque chose dans la dernière difficulté par l’intermédiaire de l’échappée, expliquait William. Le plan était d’avoir Johan devant, mais aussi Brieuc. Malheureusement, le départ n’a pas été assez difficile pour que Brieuc puisse faire la jonction avec le groupe de tête, malgré tous ses efforts. C’était tout de même très positif d’avoir Johan en tête. Cela nous permettait de l’utiliser plus tard. Quand le parcours s’est durci, l’échappée s’est scindée. Johan était vraiment très fort, mais avant la dernière ascension, je lui ai dit de se relever et d’attendre Brieuc, ce qu’il a fait. Il a pu rouler pour réduire l’écart avec l’homme de tête, tout en permettant à Brieuc d’attaquer la dernière montée en bonne position ».
Le Col de Menthières a été entamé à trente bornes du but, et après quelques hectomètres, un forcing a été opéré parmi les favoris. Brieuc Rolland n’a pu se joindre à la fête immédiatement. « Il n’était pas encore à son meilleur niveau, mais il grimpait mieux qu’hier, avançait William. Quand les favoris ont accéléré dans la montée, il n’a pas pu suivre, mais il a continué à y croire et à se battre. Juste avant le sommet, il a attaqué le groupe dans lequel il se trouvait et, dans la descente, il a repris près d’une minute pour revenir sur la tête de la course. C’était vraiment impressionnant à voir ». Près de vingt kilomètres après avoir vu les meilleurs se détacher, le jeune Breton a ainsi recollé à un groupe de sept hommes en compagnie d’un autre concurrent. Se sont alors présentés les douze derniers kilomètres plus ou moins montants vers Lélex Monts-Jura. « C’était clairement tout pour la victoire d’étape, insistait William. La course au classement général était également en jeu, on en a profité, et Brieuc a géré son énergie avec efficacité dès lors qu’il a rejoint le groupe ». Le jeune homme de 22 ans s’est ainsi fait discret dans les roues alors que l’arrivée se faisait de plus en plus proche. À moins de deux bornes du but, Jefferson Alexander Cepeda a tout de même tenté d’anticiper le sprint en comité réduit, mais les 300 derniers mètres montants ont eu raison de sa tentative.
« On voulait rentrer à la maison avec le sourire », William Green
Au bout du compte, c’est bien un sprint à l’arrachée qui a jugé du vainqueur, et Brieuc Rolland a, dans ces circonstances, pu se doter d’une belle troisième place. « Il n’avait pas les jambes pour attaquer et partir en solitaire, alors on a misé sur le sprint, observait William. Brieuc a fait de son mieux pour rester bien placé et je ne pense pas qu’il aurait pu faire beaucoup plus dans ce final. Ça s’est joué à la jambe. Il a certainement dépensé de l’énergie pour revenir, mais on peut être très satisfait de cette troisième place après la journée d’hier. On était venus ici avec l’ambition de faire un bon résultat au général, et nous en sommes très loin. C’est vraiment décevant, mais je ne pense pas que cela découle d’un problème majeur, c’est plutôt un petit souci. Il reste encore beaucoup de courses et je pense que Brieuc a juste besoin de récupérer. On le reverra bientôt à son niveau et je pense qu’il a repris un peu confiance. C’est forcément difficile de travailler dur pour préparer une course et voir se produire un incident comme celui d’hier. On se pose beaucoup de questions… Ce matin, on a fait un bon briefing et on avait une stratégie claire. On voulait terminer cette course et rentrer à la maison avec le sourire, après avoir tout donné. C’est ce qu’on a fait ».