Olivier, comment vas-tu à quelques jours de ton retour à la compétition ?

Mentalement, ça va bien. Je suis très content de pouvoir remettre un dossard, voir un peu où j’en suis et ce qu’il me reste encore à faire pour retrouver mon niveau. Je reprends avec une forme physique qui n’est évidemment pas excellente car je reviens d’assez loin, mais j’ai bien travaillé. J’espère que ma forme me permettra de finir les courses, ce qui m’aidera aussi à hausser mon niveau au fil des semaines.

Tu as subi une fracture du col du fémur le 2 janvier dernier. Comment as-tu vécu le diagnostic ?

J’ai tout de suite compris que c’était sérieux. J’ai l’habitude de tomber à vélo, de me relever et de repartir, mais j’ai rapidement réalisé que je ne pouvais pas bouger et marcher. La radio a révélé une fracture déplacée du col du fémur. On m’a d’abord annoncé une semaine d’arrêt, mais après l’opération, c’est devenu six. Le chirurgien avait un air assez grave et m’a tout de suite averti du risque de nécrose et d’une potentielle prothèse si les choses n’évoluaient pas dans le bon sens. Quand j’ai entendu ces mots, j’ai pris un gros coup au moral. Au-delà même de ma carrière, je n’ai pas encore 33 ans, et j’ai eu la crainte d’être limité physiquement sur le long terme. J’ai vécu 24 heures un peu difficiles, mais j’ai vite « switché », j’ai accepté les choses et je me suis remis le moral à l’endroit. La frustration venait surtout du fait que je ne maîtrisais pas la guérison. Je devais juste attendre et croiser les doigts. Plusieurs mois ont passé désormais, les dernières radios sont bonnes mais j’ai encore un suivi régulier pour être sûr que tout va dans le bon sens.

Quelles ont été les conséquences sur ta vie quotidienne ?

Il a fallu revoir toute l’organisation à la maison. Au mois de janvier, ma petite avait seulement 18 mois et ma femme travaille. J’ai dû installer ma chambre au rez-de-chaussée, car il fallait que je puisse tout de même faire des choses seul lorsqu’elle n’était pas là. Elle a dû gérer la petite, son travail et en plus de m’aider. Heureusement qu’elle était là. Nos parents et nos proches nous ont aussi aidés, et heureusement, car ça aurait été compliqué sans eux. Les six premières semaines ont été très compliquées.

Comment se sont déroulées ta convalescence et ta rééducation ?

J’ai d’abord passé six semaines sans appui sur ma jambe, sans poser le pied au sol, et j’ai donc perdu beaucoup de muscles. J’ai ensuite repris la marche avec des béquilles. Au début, la rééducation consistait simplement à réapprendre à marcher, sans boiter. J’ai par la suite fait une dizaine de jours de home trainer, puis j’ai eu la chance que ma reprise coïncide avec le retour du beau temps, et j’ai rapidement pu aller dehors. J’ai également fait beaucoup de kinésithérapie et de préparation physique pendant ma convalescence, même quand je ne pouvais pas marcher. Je remercie d’ailleurs mon kiné, avec qui j’ai passé de très nombreuses heures. Il a aussi été nécessaire de remuscler avec ma jambe gauche. Avec mon entraîneur Anthony Bouillod, on a mis en place de bonnes semaines adaptées avec un entraînement progressif. Cela ne fait que quinze jours que je suis un entraînement normal. Je constate aux niveaux de puissance que je progresse. J’espère maintenant que la reprise des courses me fera progresser et que je serai presque de retour à mon niveau d’ici un mois. Ce serait bien. Je suis motivé, je suis content de ce que j’ai fait, j’ai été bien entouré, et il ne reste plus qu’à passer à l’étape suivante.

Qu’est-ce qui t’a gardé motivé pendant ces quelques mois ?

Déjà, commencer assez tôt la kiné m’a fait du bien moralement, car j’avais besoin de travailler, de me dépenser, de me sentir toujours cycliste professionnel, même si je ne faisais pas de vélo. Une fois mon petit coup de « dép » des premières 24 heures passé, je suis resté optimiste et motivé pour la suite. J’ai suivi de près la saison des collègues. J’ai regardé beaucoup de courses, j’ai pris plaisir à suivre les gars. Je dirais néanmoins que c’était davantage divertissant que motivant, car je n’y étais pas et je savais que mon objectif était tout autre que de penser à la course. Cela m’a occupé l’esprit. Je suis resté en contact avec le vélo, avec l’équipe, j’ai reçu des appels, des sms, et ça m’a fait du bien. Même des coureurs avec qui je ne suis pas en contact régulier m’ont envoyé des messages pour se tenir au courant. C’est aussi dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’il y a des gens bien et attentionnés autour de soi. Ça m’a fait du bien tout au long de ma convalescence.

Comment appréhendes-tu ton retour à la compétition ?

J’aimerais pouvoir finir mes premières courses, mais l’idée est d’abord de retrouver le rythme de la compétition, l’intensité, ma place dans le peloton. Je me suis bien entraîné, mais je ne me suis confronté à personne, donc c’est toujours difficile de connaître son niveau, surtout face à des adversaires qui ont plusieurs mois de course dans les jambes. J’espère ne pas trop subir et progresser pour ensuite me mettre des objectifs en tête et aider l’équipe le plus rapidement possible. Reprendre en Bretagne, c’est le gros bonus. Je ne vais pas traverser la France ou aller dans un autre pays pour potentiellement me faire ‘’broyer’’. Je ne suis pas trop loin de la maison, ce sont des routes que je connais, donc ça fait évidemment plaisir. La famille et les amis vont venir, notamment ma femme et ma petite sur le Tour du Finistère. Finalement, les gens qui ont été à mes côtés ces derniers mois seront pour certains présents, et ça me fait chaud au cœur.

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