La période dorée des Classiques pavées s’achevait donc ce dimanche avec la « Reine » d’entre elles. Point d’orgue, voire culminant, du début de saison pour les flahutes, la 123ème édition de Paris-Roubaix réservait, comme à son habitude, un menu extrêmement coriace aux coureurs présents : plus de 258 kilomètres, dont cinquante-cinq sur les affreux pavés du Nord, tous situés dans la deuxième partie de course. Au départ de Compiègne, la majeure partie des écuries avait donc la même idée en tête : anticiper la grande bataille attendue entre les cadors. Et c’est exactement pour cette raison qu’aucun groupe n’est finalement parvenu à se détacher lors des deux premières heures de course, parcourues à plus de 52 km/h de moyenne. C’est donc bel et bien groupé que le peloton a entamé les premières portions pavées, qui n’ont pas tardé à effectuer un premier tri. En particulier, le quatrième secteur a permis à un peloton d’une cinquantaine d’hommes de se détacher, avec Axel Huens, Clément Russo, Johan Jacobs et Bastien Tronchon en son sein. La situation s’est ainsi stabilisée, avec un deuxième peloton pointé à trente secondes comprenant Thibaud Gruel et Cyril Barthe.

Malheureusement, peu avant de se diriger vers le secteur d’Haveluy, Axel Huens a été victime d’une crevaison et est reparti près d’une minute derrière le groupe auquel il appartenait, en compagnie de Tadej Pogacar, victime lui aussi d’une crevaison. « Je savais que c’était un très mauvais moment pour crever, disait le Nordiste. C’est le premier point important de la journée, car ça accélère toujours avant Haveluy pour écrémer en vue de la Trouée d’Arenberg ». Le champion du monde a bientôt mis les gaz pour retrouver le premier peloton, alors que le coureur de la Groupama-FDJ United a logiquement marqué le pas. « Revenir dans le match après une crevaison, il n’y a que 5-6 champions qui peuvent le faire, disait Axel. Pour les autres, c’est quasiment fini ». « Axel a eu du mal à se remettre de l’effort qu’il a fait pour revenir dans la course », confirmait Frédéric. Bien placé, Thibaud Gruel est lui parvenu à s’arracher pour garder le sillage du Slovène et ainsi retrouver le premier échelon juste avant la Trouée d’Arenberg. Néanmoins, ses espoirs se sont également envolés relativement vite dans le secteur le plus mythique de l’épreuve. Le jeune Tourangeau a crevé puis cassé une roue, se retrouvant dès lors relégué à plus d’une minute de la poignée de favoris sortie en tête.

Dans un groupe de contre d’une vingtaine d’unités, Clément Russo et Johan Jacobs ont dès lors fait de la résistance pendant environ vingt kilomètres. Lorsque la poursuite a explosé sous les coups de butoirs de Mathieu van der Poel, le duo franco-suisse n’a toutefois pu tenir la cadence. S’en est alors suivie une dernière heure et demie de combat, notamment face à soi-même. À l’avant, Wout Van Aert a disposé de Tadej Pogacar pour la victoire, et Clément Russo a pour sa part rallié la ligne sept minutes plus tard, en 23e position. « C’était une course très difficile, assurait-il. Je me suis accroché un maximum, et j’essayais surtout de faire attention au matériel pour ne pas avoir de soucis. J’ai eu de la chance de ne pas avoir de problèmes, mais ça n’a pas suffi pour faire un très bon résultat. Malheureusement Thibaud et Axel, qui étaient nos coureurs protégés, ont eu des soucis. On est un peu déçus car on espérait mieux, mais on s’est battus jusqu’au bout ». Axel Huens a lui franchi la ligne dans un peloton luttant pour la 27e place du jour. « Je voulais faire un beau résultat cette année donc je suis bien sûr déçu, confiait-il. Je n’avais pas envie que ça se passe comme ça, mais je ne suis pas seul. Il y a eu énormément de crevaisons aujourd’hui, et j’ai été parmi ceux touchés ».

Ce dimanche, Johan Jacobs, Bastien Tronchon, Cyril Barthe et Thibaud Gruel ont également été en mesure de rallier le vélodrome. « On a eu un vrai Paris-Roubaix, concluait Frédéric. On n’a pas été épargnés par les incidents, et on espérait naturellement un meilleur résultat. Ceci dit, on ne peut pas avoir de regrets. Les mecs se sont bien battus et ont donné ce qu’ils avaient. À côté de ça, nos leaders ont eu trop de soucis pour pouvoir s’exprimer et faire un meilleur classement. De manière générale, cette période des Classiques pavées a été frustrante, mais on a fait presque toutes ces courses avec un groupe jeune, peu expérimenté, et on a quand même montré qu’on était présent. Seule la finition a fait défaut. Il y a eu du bon, forcément du moins bon car le résultat reste la priorité, mais le groupe est loin d’avoir été ridicule. Il faut être positif et se dire qu’on reviendra l’année prochaine encore plus forts ».

A lire dans cette catégorie…