C’est le genre de journée rare, mais qui se fait immédiatement une place dans les mémoires. La quatrième étape de Paris-Nice a ce mercredi accouché d’un véritable chaos entre Bourges et Uchon, en raison des conditions climatiques, mais aussi d’une course lancée dès le kilomètre 0 par des bordures, et qui n’a jamais connu le moindre répit. D’abord escorté par Johan Jacobs et Clément Russo, David Gaudu est parvenu à franchir la première partie de course sans encombre, avant de faire preuve d’une admirable résistance dans les ultimes reliefs pour s’octroyer la huitième place. Au bout du calvaire. Le Breton pointe désormais à la cinquième place du général.
Il était écrit que la quatrième étape de Paris-Nice engendrerait des dégâts. Mais pas dès les premières secondes. Pourtant, dans une étape supposée être explosive lors de son final vers Uchon, le désordre a régné dès le baisser de drapeau ce mercredi. S’en sont suivis 195 kilomètres frénétiques. La faute à la formation de bordures d’entrée de jeu, favorisée par la pluie et le vent de ¾ dos. « On savait qu’il y avait un risque dès le kilomètre 0 et pendant près de 50 kilomètres, confiait Stéphane Goubert. C’était un point de vigilance, mais tout le monde ne s’attendait pas à ce que ça déclenche d’emblée. Clément était directement dans le match, là où il le fallait, et Johan, qui était très attentif aussi, a pris David avec lui pour le remonter vers Clément. C’est comme cela qu’on s’est retrouvés avec trois coureurs dans le premier groupe ». « J’ai eu la chance de pouvoir compter sur deux anges gardiens. Ils ont su me positionner dans la première bordure, et ensuite, c’était de la survie toute la journée », confirmait David, dès lors présent dans un peloton d’une quarantaine d’unités comprenant une petite dizaine de prétendants au classement général. « À partir de là, il fallait toujours rouler, ajoutait Stéphane. Dans une bordure, on ne peut pas se permettre de rester derrière, car ça peut recasser à tout moment, et prendre ses relais permet aussi de rester dans le match et de rester chaud ».
« Paris-Nice est une course impitoyable », David Gaudu
C’est ainsi que, pendant plus d’une centaine de kilomètres, un mano a mano intense et acharné s’est mis en place entre les deux premiers échelons de la course. L’écart a constamment oscillé autour de la minute, sans que l’un ou l’autre des groupes n’abdique. David Gaudu a en revanche perdu Clément Russo en cours de route après une chute du Lyonnais. Johan Jacobs a pour sa part pu continuer de soutenir son leader jusqu’à la première difficulté du jour, située à soixante-cinq kilomètres du terme. « À partir de là, David a essayé de gérer au mieux compte tenu des conditions climatiques et de l’adversité, pointait Stéphane Goubert. C’est devenu une course à élimination, du chacun pour soi ». La course a pris un tournant encore plus dramatique à cinquante kilomètres du terme lorsque le maillot jaune Juan Ayuso et quelques autres coureurs du premier groupe se sont retrouvés à terre. S’il est passé à travers les gouttes, David Gaudu a été contraint de laisser filer un quintet comprenant quatre coureurs de la formation Red Bull-Bora hansgrohe et Jonas Vingegaard, futur vainqueur de l’étape. L’écart a dès lors gonflé avec le groupe de poursuite, que David Gaudu s’est malgré tout attaché à tenir dans l’avant-dernière difficulté, avant d’aller chercher la montée d’Uchon. Le Breton a entamé celle-ci avec près de trois minutes de retard sur la tête de course, aux côtés de quatre autres rescapés.
Puis, dans les 1800 derniers mètres à plus de 10%, le grimpeur de la Groupama-FDJ United a bataillé pour les places d’honneur d’une étape impitoyable. « Quand on arrive dans de tels pourcentages après une journée de 200 kilomètres à fond, on ne joue plus, ajoutait Stéphane. On fait avec ce qu’il reste dans le réservoir ». Avec ses ultimes forces, David Gaudu est alors parvenu à accrocher la huitième place, 4’20 derrière Vingegaard. « Ça fait sans doute partie des trois pires journées que j’ai passées sur le vélo, disait le Breton. Je me sentais quand même assez bien. En revanche, comme beaucoup, j’étais complètement cuit dans le final et je n’ai pas pu faire grand-chose dans la dernière bosse. Il va falloir récupérer car cette étape va laisser des traces. Paris-Nice est une course impitoyable, on le sait. J’ai beau être cinquième du général ce soir, demain, c’est une autre Classique qui se profile. Il faut rester prudent et on fera le point au matin d’Auron ». « C’était une étape digne de Paris-Nice, ajoutait Stéphane. Mais heureusement, il n’y a pas beaucoup de journées comme celle-là. Nous concernant, il y a énormément de positif à tirer de cette étape de par le résultat et l’attitude. On veut toujours plus, mais aujourd’hui il faut savoir être très satisfaits de cette journée ».
À mi-parcours dans cette « Course au Soleil », David Gaudu pointe donc à la cinquième place du classement général, à 5’02 de Vingegaard.