Je m’appelle Camille Alric-Thouvenin. J’ai 17 ans, je viens de Haute-Savoie, je suis licencié au club de Bourg-en-Bresse Ain Cyclisme et j’ai intégré cette année le Programme Juniors de la Groupama-FDJ United. Voici le récit de mon tout premier stage à Calpe avec l’équipe.
SAMEDI 14 FÉVRIER
On est arrivés à Alicante dès 8h30 le premier jour. On est sortis de l’aéroport, valises en main, et le camion de l’équipe était déjà là, avec les vélos alignés juste devant ! On s’est changés et on est directement partis pour rejoindre l’hôtel. Le simple fait de pouvoir se mettre en cuissard court pour rouler à cette période de l’année, c’était génial ! Le cadre et le climat sont incroyables là-bas. On a fait une sortie endurance d’environ cent kilomètres, et on a surtout pu essayer les nouveaux vélos ! J’attendais ce moment avec impatience après avoir vu les pros rouler avec. C’est assez fou de pouvoir utiliser le même matériel qu’eux. Après trois heures de selle, on est arrivés à l’hôtel, et on a directement été pris en charge. On a déposé nos vélos, nos boissons de récupération étaient déjà mises à disposition, puis on est allés manger. Ce n’était que la première matinée, mais c’était déjà un ‘’kiff’’ total d’être là ! L’après-midi, j’avais un entretien avec le préparateur physique pour faire différents types de tests. On avait également des briefings tous les soirs. Le premier jour, ils en ont profité pour nous expliquer le déroulement du stage et nous présenter les règles de vie.


DIMANCHE 15 FÉVRIER

J’avais rendez-vous tôt le matin avec la nutritionniste, qui a pris des mesures de plis cutanés afin de construire une base de données et de suivre mon évolution. Ce jour-là, c’étaient aussi les tests de lactate. Une première pour moi. On avait trente kilomètres pour s’échauffer puis on faisait des allers-retours dans une bosse avec des watts planifiés par nos entraîneurs. À chaque fois qu’on arrivait en haut, ce qui représentait environ six minutes d’effort, on nous piquait au niveau de l’oreille pour mesurer le taux de lactate dans le sang. Cela sera pour établir des zones d’entraînement encore plus précises. C’est incroyable de mettre un tel outil à disposition de juniors. Il y a encore peu de temps, seuls les pros y avaient accès. On se rend compte du niveau de professionnalisme atteint.
On était tout le temps suivis en voiture, on avait un massage tous les soirs, un plan de nutrition pour chaque sortie. Les moyens investis pour des coureurs juniors de 17-18 ans sont colossaux. Il y avait deux mécanos, deux assistants, un directeur sportif, un entraîneur, un préparateur physique, une nutritionniste et un photographe. Soit autant de personnes que de coureurs. On ne manquait de rien. Le dimanche après-midi, j’ai d’ailleurs eu un autre rendez-vous avec la nutritionniste. Elle m’a expliqué le fonctionnement de l’alimentation avant, pendant et après l’effort, ainsi que ce qui sera mis en place cette année, en particulier sur les courses. C’était très enrichissant.
LUNDI 16 FÉVRIER
Ce jour-là, on avait une sortie de 4h30, avec un test vingt minutes et deux simulations course. Pour le test vingt minutes, il fallait « simplement » monter une bosse à fond. Pour la simulation course, on était répartis en deux équipes : la première simulation était sur un parcours plat/vallonné et l’autre sur le fameux Coll de Rates. C’était chouette de pouvoir se confronter aux autres.


Le sélectionneur de l’Équipe de France était également présent dans la voiture toute la journée. Quand on est rentrés de la sortie, il nous a présenté le calendrier, le mode de sélection et les valeurs de l’Équipe de France. Tous les soirs, on avait aussi étude de 18h à 19h. On était tous ensemble, avec les entraîneurs et nos camarades. On pouvait poser des questions et s’entraider. Certains ont raté une semaine de cours, tandis que moi, je devais faire mes devoirs de vacances. Ce volet étude est extrêmement important pour l’équipe. On nous le répète régulièrement, il est même inscrit dans notre convention que nous ne devons pas arrêter notre cursus scolaire. Certes, les moyens sont mis pour le vélo, on évolue dans un cadre professionnel, mais on reste des jeunes de 17-18 ans qui ont le bac à passer en fin d’année !
MARDI 17 FÉVRIER
C’était sortie récup’ ! Le photographe de l’équipe était là et on a pu faire des photos en extérieur, de manière individuelle puis collective, avec les neuf juniors présents sur le stage. Lors des entretiens d’octobre, on avait déjà fait un shooting photo, mon premier, mais cette fois-ci, c’était en extérieur et en mouvement. J’ai trouvé ça très sympa, et c’est quelque chose auquel on n’est pas habitué ! Le photographe nous a emmenés au même endroit que les coureurs de La Conti et de l’équipe WorldTour. J’avais vu les photos sur Instagram et j’avais effectivement reconnu l’endroit. Ça faisait tout drôle de se retrouver encore dans les mêmes conditions que les pros.



L’après-midi, je n’avais rien de particulier au programme et on en a profité pour aller se baigner avec les gars. C’était la deuxième fois qu’on se voyait tous ensemble après le stage de cohésion en janvier. L’ambiance était très bonne, on était assez libres le soir et on pouvait aller sur la plage ensemble. On a bien rigolé en dehors du vélo. C’est important de construire des liens pour la suite, surtout pour moi qui serai Junior 1 et qui aurai peut-être plus souvent un rôle d’équipier. C’est toujours plus facile de rouler pour des copains. On sera adversaires en club, mais on sait qu’avec la Groupama-FDJ United, on aura les mêmes couleurs et il est important de construire un vrai collectif.
MERCREDI 18 FÉVRIER
Avant de partir rouler, on a eu une activation musculaire avec le préparateur physique, comme tous les matins d’ailleurs. Ce jour-là, la séance d’entraînement était très physique. On avait d’abord deux séries de trente secondes d’effort lactique en montée, en confrontation deux contre deux. Ensuite, on avait un exercice de train de sprinteur. Chacun avait son rôle : Clément Bouyssou faisait le premier relais d’un kilomètre, Timéo Louison le deuxième, puis j’étais en troisième et je faisais 500 mètres. Jules Lefebvre-Fournier effectuait aussi 500 mètres après moi, puis il y avait Maxime Mortier en avant-dernier relais, et Augustin Fahy en tant que lanceur pour les trois sprinteurs Gabriel Genter, Alban Picard et Clément Le Fur, qui jouaient le sprint sur la ligne. On a répété ce schéma trois fois, et après, on avait encore deux séries de trente secondes de lactique ! J’étais vraiment bien entamé à la fin de cette séance, d’autant plus qu’on avait fait plus de la moitié du stage et déjà pas mal de bornes dans les pattes. Le niveau d’exigence avait grimpé d’un cran, surtout face à certains juniors capables de sprinter vraiment fort. Mais ça tire vers le haut, ça motive, ça donne envie de progresser ! Pour moi, c’était la journée la plus difficile de la semaine.
L’après-midi, j’avais mon étude posturale sur le vélo de contre-la-montre avec Anthony Bouillod, entraîneur dans l’équipe WorldTour. Là encore, on s’aperçoit des gros moyens mis à disposition, avec les capteurs, la vision 3D… Le système utilisé est le même que pour les pros, pour une position au millimètre sur le vélo de chrono ! Pour moi qui adore cet effort, c’est incroyable d’avoir non seulement un vélo de chrono comme le Supersonica mais aussi une position ultra-calibrée.

JEUDI 19 FÉVRIER
C’était sortie endurance. On a fait 147 kilomètres en moins de 5 heures. C’était la deuxième fois que je parcourais une aussi longue distance. On a monté un premier col, dans lequel on a croisé Mathieu van der Poel et Matthew Brennan. Puis, on a fait une longue boucle sur de belles routes. On est passés dans un endroit assez désertique, avec pas mal de vent et peu de végétation. C’était un cadre atypique pour rouler. Dans le deuxième col qu’on a monté, on a aussi rencontré le champion de Slovaquie, Lukas Kubis, et on a fait toute la bosse ensemble. C’était un très bon moment : on a parlé de nos calendriers respectifs et d’un tas d’autres choses. En parlant de ça… Le dimanche précédent, on a croisé Tadej Pogacar, et lundi, on a même roulé dans sa roue ! Personnellement, j’avais le sourire jusqu’aux oreilles. C’est aussi l’un des avantages de Calpe : on peut voir les pros et parfois rouler avec eux. Avec les deux Clément, on a fini cette sortie en vélo de contre-la-montre pour valider l’étude posturale réalisée la veille. On a fait les trente derniers kilomètres en vélo de chrono, et c’était chouette de pouvoir l’essayer dans des conditions plus naturelles. L’après-midi, j’avais un entretien avec Yann [Le Boudec] et Jimmy [Turgis] pour parler du début de saison et du calendrier prévisionnel.



VENDREDI 20 FÉVRIER

J’ai pu tester le vélo de chrono une ultime fois lors du dernier jour de stage. On était séparés en deux groupes : l’un en vélo de chrono, l’autre en vélo traditionnel, et on roulait à quelques minutes d’écart. On a fait des efforts de cinq kilomètres en zone 3 à l’aller pour s’habituer à pousser des watts en position. Au retour, sur la même portion, on a travaillé le contre-la-montre par équipe à quatre, pour commencer à s’habituer à cet exercice qui tient à cœur à l’équipe.
C’était la dernière sortie, et quelques heures plus tard, on est quasiment tous repartis de notre côté. Il y avait forcément un pincement au cœur, surtout quand on sait qu’il fallait retourner en cours le lundi ! En tout cas, d’un point de vue physique, faire un stage de ce type avec autant de volume avant de débuter la saison est idéal pour progresser. D’un point de vue technique, on a réalisé tous les tests et ateliers possibles pour mieux se connaître et s’entraîner plus efficacement. Je suis reparti de là avec plein d’expériences enrichissantes et une envie de progresser énorme. C’était presque le monde professionnel : ça donne évidemment envie d’y regoûter, et je suis déjà impatient d’être sur les premières courses avec l’équipe. Aujourd’hui, je vis un rêve éveillé.


