Vendredi, c’est autour de Koolskamp que se déroulait le premier round du diptyque flamand au programme de la Groupama-FDJ United. Douze boucles d’un circuit de quinze kilomètres composaient le tracé du 110ème Championnat des Flandres. « Sur le papier, c’est une course toute plate, mais qui peut parfois être dure avec le vent, exposait Tanguy Turgis. Pour autant, on savait que le sprint était quasiment inévitable, et on était orphelin de Paul, victime d’une chute à Fourmies. L’idée était donc d’orienter le sprint sur Axel mais aussi de laisser sa chance à Lewis. On était conscient que nos chances étaient faibles compte tenu de la startlist, et il n’y avait malheureusement pas de réelles opportunités pour essayer en amont sur le circuit ». Malgré tout, lorsque des cassures se sont opérées dans le vent à quarante, puis à vingt-cinq kilomètres du but, la Groupama-FDJ United était bel et bien dans le coup. « Le but était d’être positionné à ce moment-là, donc ils ont saisi l’opportunité pour tourner un peu, confiait encore Tanguy. On leur a rapidement dit d’arrêter vu le comportement du peloton. Quand tu es la seule équipe sur vingt-cinq à vouloir autre chose qu’un sprint massif, il est impossible de changer le scénario ». C’est ainsi que tout est rentré dans l’ordre à l’amorce du dernier tour et que l’emballage massif s’est profilé, comme attendu. 

« Dans le sprint, le but était que Titouan place Johan et Axel, puis que Johan remonte Axel le plus tard possible, idéalement dans le dernier kilomètre, exposait Tanguy. Concernant Lewis, on sait que sa forme n’est pas exceptionnelle en ce moment, donc on ne lui a pas dédié de coureurs, mais on lui a laissé le champ libre. Ça a plutôt été de l’improvisation pour lui. Il était assez loin à cinq kilomètres, mais les Unibet Rose Rockets ont été patients pour lancer Groenewegen, donc on lui a conseillé de prendre leurs roues. C’est bien tombé, car Axel était plutôt sur la droite, et Lewis sur la gauche, ce qui nous laissait deux opportunités ». Le sprint en lui-même s’est en revanche avéré plus complexe pour les deux jeunes hommes de la Groupama-FDJ United. « Axel a eu des difficultés à rester placé dans les deux derniers kilomètres, et il en était frustré à l’arrivée, ajoutait Tanguy. Lewis était bien dans la roue des Unibet, mais il lui a manqué un peu de jambes pour se mêler à la bagarre pour le top 10 (18e, ndlr). Sachant les difficultés qu’il a eues cette année, c’est déjà bien de le voir dans un sprint. Il en était d’ailleurs assez ému. On a raté le top 10, mais sans vrai sprinteur, on ne peut pas estimer que ce soit un vrai échec. On a fait du mieux que l’on pouvait avec nos armes ».

Samedi, au départ de la Flandrien 0.0 Classic, la formation hexagonale nourrissait en revanche de véritables ambitions. Elle apparaissait en effet bien mieux équipée compte tenu du menu proposé : deux-cents kilomètres parsemés de monts flamands. « On savait, après l’expérience de l’an dernier, que c’était une course très difficile, mais on l’abordait avec beaucoup d’excitation, relevait William Green. On alignait une équipe parfaitement adaptée au parcours, avec Axel et Thibaud, ainsi que des équipiers très solides pour les entourer. En l’absence de pur sprinteur, on voulait une course offensive et animée ». Dans cette perspective, la Groupama-FDJ United a alors tout mis en œuvre pour favoriser son plan. « Esteban a roulé dès le départ pour qu’on soit bien placés, c’était vraiment top, soulignait Thibaud Gruel. Clément et Kevin nous ont parfaitement guidés pendant trente kilomètres afin qu’on arrive placés là où on le voulait, puis Tom a pris les rênes à la sortie de la ville de Wavre ». C’est ici même, à un peu moins de 80 kilomètres du but, que la plan a été mis en exécution, dans l’exigeante Chaussée d’Ottenbourg (700m à 7,5%). « On a fait ce qui était prévu, enchaînait Axel Huens. On voulait accélérer en équipe et faire péter la course. Tom a fait le pied de la bosse, puis Johan a fait le reste. Ça a cassé, on s’est retrouvés à quinze, et c’est exactement ce qu’on voulait ». « On avait les trois coureurs qu’on voulait devant, confirmait William. Il n’y avait pas de plan B. C’était all-in ». 

Ce mouvement, incluant quelques-uns des favoris tels Laurence Pithie ou Florian Vermeersch, a rapidement repris l’échappée et creusé un écart d’environ trente secondes sur le peloton. « Ça collaborait bien, tout le monde roulait, indiquait Thibaud. Mais Johan a fait un boulot de fou en prenant d’énormes relais ». « Johan passait fort pendant la première boucle », confirmait Axel Huens, en référence au circuit de trois monts qui était à couvrir deux fois avant de prendre la direction de l’arrivée. Au sortir de la première séquence, le groupe de fuite comptait près de cinquante secondes d’avance. « Certaines équipes comptaient deux coureurs, on en avait trois, et j’ai dit aux gars qu’il ne fallait pas hésiter une seule seconde, ajoutait William. C’était un groupe très costaud, on y a cru dès le début et on a la chance d’avoir un coureur comme Johan dans nos rangs. Il a presque décidé de la course aujourd’hui. Sans lui, on se dirigeait sans doute vers un sprint massif ». Après un dernier gros relais dans l’ultime passage par le Moskesstraat, à 40 kilomètres du terme, le Suisse s’est écarté et a laissé ses deux acolytes filer en tête dans un groupe réduit à quinze unités. Au sortir de la dernière côte du parcours, l’échappée comptait trente-cinq secondes d’avance, mais avait encore trente-trois kilomètres à parcourir. Un très long bras de fer s’est alors installé. 

« Il y a toujours eu entre 30 à 40 secondes sur le peloton, et  il a fallu rouler fort, reprenait William. L’important était de ne pas s’emballer et de rester soudés au sein du groupe. Jusqu’à la toute fin, on a tout donné pour aller au bout, car on n’avait pas de coureur pour sprinter derrière. Thibaud et Axel ont beaucoup œuvré, mais c’était aussi notre responsabilité. On n’a pas pensé à l’arrivée avant d’y être. On a joué le tout pour le tout ». Dans les trente derniers kilomètres, le paquet est parvenu à reprendre du terrain sur l’échappée, au point de se rapprocher à trente secondes à dix bornes, et même à quinze secondes cinq kilomètres plus loin. L’écart a même flirté avec les dix secondes à trois kilomètres, avant que la main d’œuvre ne commence à manquer à l’arrière. « Thibaud avait l’air un peu mieux que moi dans les bosses, donc sur la fin, je me suis sacrifié pour être sûr que ça ne rentre pas, disait Axel. Il fallait vraiment qu’on aille au bout avec cette échappée. J’ai un peu plus appuyé mes relais et j’ai lancé le sprint ». « Berckmoes a fait une petite vague pour prendre la roue d’Axel, j’ai pris le vent et j’ai perdu de la vitesse, regrettait Thibaud. J’ai essayé de me remettre dans les roues mais ça ne s’est pas goupillé comme je l’aurais voulu ». Si l’échappée est bel et bien parvenue à prendre à défaut le peloton, le jeune Tourangeau a en revanche dû se satisfaire de la sixième place du jour, quand Axel Huens obtenait pour sa part la dixième. 

« J’aurais aimé faire autre chose que sixième, disait Thibaud. C’est un peu dommage, mais c’était une très belle journée ». « On ne conclut pas exactement comme on aurait espéré une journée qui était parfaite jusque-là, mais on est très contents d’avoir fait la course, commentait Axel. Car aujourd’hui, c’est clairement la Groupama-FDJ United qui a dirigé la course. On peut en être fier, et la prochaine fois, on essaiera de gagner. On est satisfait de ce double. top-10, mais on est surtout satisfait de la manière dont on a couru : en patron, et ça fait plaisir ». « On a aucun regret, complétait William. On a réalisé une course parfaite et le résultat obtenu était le meilleur possible aujourd’hui. Même si ce n’est pas une victoire, on a été récompensés de notre esprit offensif par un vrai résultat. Quand on regarde la liste des partants, et notamment les sprinteurs venus pour courir défensivement avec leur équipe, on peut être très fiers d’avoir réussi à prendre le dessus. On s’est donné à 110% pour mettre en application le plan et remplir l’objectif. On peut être très satisfaits ».