Frustré en Pologne il y a une dizaine de jours, Paul Penhoët s’est montré bien plus en verve en Allemagne ce dimanche. À l’occasion de l’ADAC Cyclassics, le Francilien de 24 ans a en effet pu se mêler à l’emballage final après avoir franchi la dernière ascension du Waseberg au sein du premier peloton. Il est ensuite parvenu à se frayer un chemin dans les deux derniers kilomètres pour s’exprimer pleinement dans la dernière ligne droite, au bout de laquelle il a signé une excellente quatrième place. Soit son meilleur résultat en carrière sur une Classique WorldTour.
Rendez-vous était ce dimanche donné à Hambourg pour l’ADAC Cyclassics, épreuve référencée au plus haut niveau du cyclisme mondial depuis une vingtaine d’années, et traditionnellement chasse gardée des sprinteurs. « Depuis l’année dernière, ils ont néanmoins durci le parcours avec cinq ascensions du Waseberg, introduisait Jussi Veikkanen. C’est devenu un peu plus imprévisible, d’où notre volonté de jouer sur plusieurs cartes. L’équipe a souvent fait de belles choses ici, et on voulait entretenir cette dynamique. Le but était de garder Axel et Thibaud en coureurs protégés et d’avoir Paul en électron libre ». Un an après le numéro, malheureusement infructueux, de Johan Jacobs, l’objectif ne se situait donc pas sur l’échappée matinale. L’Équipe cycliste Groupama-FDJ United souhaitait ainsi attendre les soixante-dix derniers kilomètres pour montrer le bout de son nez. « C’est surtout à partir de la troisième montée du Waseberg qu’il fallait être présent si ça bougeait, poursuivait Jussi. Kevin et Johan étaient désignés pour cela, mais finalement, aucun groupe véritablement intéressant ne s’est formé ». À soixante kilomètres du terme, le peloton a d’ailleurs repris les deux contre-attaquants qui s’étaient enfuis, et il ne comptait plus qu’une minute trente de retard sur l’échappée matinale au passage sur la ligne d’arrivée située dix bornes plus loin.
« Je suis à ma place », Paul Penhoët
À trente kilomètres du but, les esprits se sont de nouveau échauffés à l’approche de la quatrième ascension du Waseberg, qui n’a toutefois engendré aucun dégât considérable. C’est finalement quelques minutes plus tard, comme attendu, que le vrai tri s’est effectué. À quinze bornes du terme, Isaac del Toro s’est ainsi fendu d’une attaque attendue de tous, mais sans pouvoir provoquer de différences. Thibaud Gruel a franchi le sommet dans les dix premières positions, et son acolyte Paul Penhoët seulement quelques mètres derrière. « On savait qu’il y avait 95% de chances que ça se termine au sprint, indiquait Jussi. En réalité, le match était plutôt sur le placement dans le Waseberg et on s’était focalisés sur ça car on savait qu’il y aurait des cassures après la montée. C’est ce qui s’est passé en défaveur de Milan et Kooij, qui ne sont jamais rentrés. Nous concernant, nos meilleures cartes étaient toutes placées, et ça a porté ses fruits : ils étaient tous devant ». « Je savais que j’étais en forme donc j’ai amorcé la dernière bosse bien placé grâce à Clément qui m’a remonté au dernier moment, glissait Paul. J’ai senti que la jambe répondait encore bien à ce moment de la course donc j’étais confiant pour mon sprint ».
Dans les dix derniers kilomètres, un groupe d’environ cinquante unités, comprenant Thibaud Gruel, Kevin Geniets, Axel Huens et Paul Penhoët, s’est ainsi détaché, et a tout fait pour empêcher le retour de Jonathan Milan et Olav Kooij. Le bras de fer a tourné à l’avantage du premier peloton, et à l’approche de l’emballage, le sprinteur de la Groupama-FDJ United a d’abord bénéficié du soutien de Kevin Geniets avant de se frayer un chemin vers l’avant en solitaire. « J’étais concentré pour me placer le plus à l’avant possible, au contraire de l’année dernière, afin de pouvoir m’exprimer », disait Paul. Au prix d’une bataille de position hargneuse, le jeune homme de 24 ans a finalement pu se présenter dans la dernière ligne droite dans la roue, ou presque, du favori Paul Magnier. Si ce dernier a rapidement démontré être le plus rapide, Paul Penhoët a été en mesure de produire un sprint plein et entier pour se doter d’une superbe quatrième position. « Je suis à ma place, confiait l’intéressé. Je n’ai pas pu remonter, mais je n’ai pas reculé. Ça reste une bonne journée pour moi sur une course d’un jour WorldTour ». Il s’agit même de sa meilleure performance sur une Classique à cet échelon. « On était resté sur notre faim en Pologne, on a un peu fait évoluer notre stratégie ici, et ça a plutôt fonctionné, ajoutait Jussi. Paul a su profiter de la situation et cela va lui donner de la confiance pour le Tour Poitou-Charentes et la fin de saison ».
Axel Huens a pour sa part obtenu la vingtième place du jour tandis que Thibaud Gruel n’a pu disputer le sprint en raison d’un saut de chaîne. « J’ai vu un groupe fort, serein, et on était quand même assez nombreux dans le premier groupe aujourd’hui, concluait Jussi. Il faut maintenant rester sur cette dynamique positive et conserver la même motivation pour les prochaines courses ».