Il évoluait sur le circuit asiatique il y a encore un an. Aujourd’hui, il dispute son tout premier Grand Tour à l’occasion du Giro d’Italia. Nouveau venu au sein de l’Équipe cycliste Groupama-FDJ United, Josh Kench a connu un parcours atypique, retracé ici en quatre étapes.
Les débuts en Nouvelle-Zélande
J’ai commencé le vélo quand j’avais 13 ans. C’était, à l’époque, un sport qui devenait vraiment populaire dans ma région, et on récoltait d’ailleurs pas mal de succès à l’échelle nationale. Mon grand frère s’y est mis en premier, et comme tout petit frère, je l’ai imité et je me suis inscrit à mon tour. Dès l’instant où j’ai débuté, j’ai commencé à faire de belles choses au niveau national. Je me battais pour le podium sur presque toutes les courses que je disputais. Puis, c’est chez les juniors qu’est né le rêve de courir en Europe et de devenir coureur professionnel, surtout en regardant les courses qui étaient diffusées à la télévision. À partir de là, j’ai continué à courir à un bon niveau chez les juniors, j’ai terminé sur le podium du championnat de Nouvelle-Zélande, j’ai remporté une étape du Tour de l’Abitibi, puis j’ai rejoint une nouvelle équipe néo-zélandaise qui s’est créée au moment de mon entrée dans la catégorie Espoirs : Blake Spoke Pro Cycling Academy. Notre première année, en 2020, a coïncidé avec la pandémie de Covid. Ça a été assez compliqué et j’ai assez peu couru cette saison-là.
Une trajectoire en Europe contrariée
En 2021, on s’est installé en Belgique avec l’équipe et j’ai d’abord couru pendant deux ans en division continentale, particulièrement en Belgique et dans le Nord de la France. Ces terrains ne convenaient pas exactement à mon profil, mais c’est quelque chose que je devais aussi apprendre à mon arrivée en Europe. Sur l’unique course vallonnée que je faisais durant l’année, je réussissais à « performer », mais j’étais ensuite de retour en Belgique sur des kermesses… Il était difficile de m’exprimer. En 2023, l’équipe a obtenu le statut de ProTeam. On espérait que ça s’inscrive sur du long terme, malheureusement, dès la fin de l’année, l’équipe a disparu. Cela m’a mis dans une situation délicate, car j’avais disputé peu de courses qui me convenaient cette année-là, et j’avais en plus eu de la malchance sur ces courses, avec des chutes. Je me suis donc demandé quelle suite donner au cyclisme. C’était clairement l’un des moments les plus difficiles de ma carrière.
Le vrai problème était que je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de montrer mes capacités de grimpeur. À 19 ans, j’avais fini dans le premier peloton après une montée de 10 minutes sur le Tour de Norvège. L’année suivante, j’avais terminé deuxième du Lillehammer GP face à de bons grimpeurs, dans une arrivée au sommet. J’étais persuadé que je pouvais bien faire sur des courses accidentées en Europe si j’étais en forme. Mais intérieurement, je savais aussi que je n’avais jamais eu l’opportunité de le prouver. Je me doutais qu’il allait être compliqué de retrouver une équipe. J’ai envoyé beaucoup d’e-mails, mais les portes se referment très vite quand on n’a pas de résultats. Je savais ce dont j’étais capable, mais je n’avais pas le palmarès pour l’attester.
Le circuit asiatique en guise de rebond
J’étais dans une situation critique, mais je savais que la Chine était une destination possible car beaucoup de coureurs néo-zélandais et australiens vont courir là-bas. C’était mon unique chance de gagner un petit peu d’argent et de continuer à courir. Avec un ami, on a donc décidé d’aller courir en Asie, et ça m’a probablement aidé de ne pas m’embarquer seul dans cette aventure. J’avais la foi que ça puisse marcher, et que je puisse me faire remarquer, si tout se mettait en place et si je pouvais avoir le niveau que j’espérais. Ma première équipe, Tianyoude Hotel Cycling Team, m’a engagé car j’avais bien marché sur le Tour de Qinghai Lake quelques mois auparavant. En 2024, j’ai continué de m’entraîner et j’ai résolu quelques problèmes de santé. Je me suis notamment fait retirer les amygdales, qui représentaient un gros problème pour moi, car je tombais sans cesse malade. Après ça, j’ai remarqué que je progressais assez drastiquement sur le vélo. Ça a été une grosse année pour travailler correctement à l’entraînement et devenir un meilleur coureur. Même si les résultats n’étaient pas là, je savais que mes qualités de grimpeur se développaient.
En 2025, j’ai changé d’équipe pour rejoindre une autre formation continentale chinoise, Li Ning Star. J’y ai trouvé un bon manager et je me suis fait de bons amis dans l’équipe. J’ai pu participer à de belles courses, en particulier en début de saison avec le Tour de Sharjah. Il y avait une belle arrivée au sommet, où j’ai pu obtenir ma première victoire UCI, avant d’ajouter le classement général un jour plus tard. À partir de là, tout s’est bien enchaîné. Sur le Tour of Bostonliq, trois mois plus tard, j’ai réussi à remporter le général grâce à une offensive sur une étape de plat, que je dois peut-être à mon passé sur les kermesses belges ! Sur le reste de la saison, j’étais surtout là pour aider mes coéquipiers, car il y a malgré tout beaucoup de courses plates en Chine. Puis, pendant l’été, l’équipe Groupama-FDJ United m’a contacté, et quelques semaines plus tard, j’ai signé mon premier contrat WorldTour.


L’arrivée chez Groupama-FDJ United

Je suis évidemment fier d’avoir rejoint le WorldTour au vu de mon parcours et de là d’où je viens. Je ne suis pas sûr que beaucoup de coureurs aient fait la transition de l’Asia Tour au WorldTour ! J’espère vraiment pouvoir faire de belles choses cette année et ainsi montrer qu’il y a aussi des « gamins » dans ce système qui ont leur place à ce niveau, mais qu’on ne considère peut-être pas autant que ceux qui passent par une filière plus traditionnelle. Je suis vraiment fier de pouvoir revenir en Europe après un passage en Chine, car j’imagine que c’est une passerelle assez rare. Mon historique montre à quel point il est difficile d’arriver à ce niveau, l’équipe m’a clairement offert l’opportunité d’une vie, et j’espère vraiment en tirer le maximum.
J’ai attaqué 2026 en gardant un esprit très ouvert. Beaucoup de choses ont changé, et vont encore changer, avec le soutien de l’équipe. Un niveau de soutien dont je n’avais jamais vraiment bénéficié. Avec l’entraînement et tous les à-côtés, je ne sais pas jusqu’où je pourrai aller. C’est ce qui rend cette année intéressante, mais je sais aussi combien le WorldTour est extrêmement dur, parfois brutal. On m’a raconté des histoires, et je l’ai déjà expérimenté par moi-même. Le premier enjeu est de me fondre, petit à petit, au moule du cyclisme européen, puis de devenir un coureur clé en montagne. Si la forme est bonne, j’espère ramener quelques résultats à l’équipe, mais la priorité reste de m’adapter et montrer que ma place est ici. Il faut franchir les étapes une à une.


