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Entretien avec Sébastien Chavanel

le 05 juin 2014
« Nacer Bouhanni a cru en moi ! ». Sébastien Chavanel était le sprinteur de l’équipe Française des Jeux de 2007 à 2010. Après un épisode de trois ans chez Europcar, il est revenu sous le maillot fdj.fr pour emmener les sprints de Nacer Bouhanni. La transformation est spectaculaire et le Tour d’Italie a seulement mis en lumière l’excellent coureur qu’il a toujours été mais qui se redécouvre totalement au contact de son sprinteur.

Sébastien, tu as fini le Giro il y a quatre jours, comment te sens-tu ?
Je me sens bien après voir vraiment coupé depuis dimanche. J’ai bien soufflé. Demain, je vais remonter sur mon vélo avec beaucoup d’envie, notamment celle d’être au top au championnat de France. Il se déroule au Futuroscope et sur un circuit que je connais très bien. C’était mes routes d’entraînement quand j’étais jeune et ce championnat sera très tactique. Je veux y être à 100% pour le bien de l’équipe fdj.fr. Et pour mon frère Sylvain, c’est encore pire parce qu’il habite toujours là-bas. Moi, je suis près de Montpellier.

Tu es aujourd’hui le pilote de Nacer Bouhanni dans les sprints ? Quand vous êtes-vous connu ?
L’an dernier dans le Grand Prix de Denain où j’emmenais pour l’équipe Europcar Bryan Coquard. Il y avait eu un petite polémique parce que Nacer n’avait pas été emmené et en raison de ce manque, il s’est rapproché de moi. On a sympathisé et il m’a dit qu’il aimerait que je vienne travailler pour lui. Avec Bryan Coquard ça se passait bien mais il n’y avait pas une véritable culture du sprint dans cette équipe. En juin, Marc Madiot qui a été mon patron de 2007 à 2010, m’a téléphoné. Et je l’ai rencontré à l’occasion du passage du Tour à Montpellier. On s’est mis d’accord. Je sais qu’il y a eu des réticences mais Nacer croyait vraiment en moi.

Il t’a donné de la force ?
En tout cas, je donne tout ce que j’ai sur le terrain. Lui et moi, nous nous sommes beaucoup parlé. Notamment quand il a abandonné le Tour, malade, l’an dernier à Montpellier. Il sait ce qu’il veut. On a appris à se connaître, à travailler ensemble et je pense que notre entente est la clé de notre réussite. En début de saison, forcément, il a fallu qu’on trouve des repères mais après trois ou quatre sprints, c’était ok.

Beaucoup ont reproché à Nacer ses emportements après la ligne d’arrivée quand il perd ?
Oui il a un caractère fort. Il est impulsif et quand il s’énerve, il faut bien comprendre qu’il s’énerve d’abord après lui-même ! Il s’exprime comme il sprinte mais il faut accepter ce trait de caractère. Son caractère, c’est sa force ! Et l’admettre c’est se donner encore plus une chance d’y arriver, de gagner. J’ai réussi à le cerner. Et je crois que l’inverse est vrai. Et quand la critique est bonne, même venant de lui, il faut l’accepter.

Dans le Giro, et notamment lors de ses deux dernières victoires au sprint, tu as bluffé tout le monde tant tu étais fort ?
Je suis professionnel depuis 12 ans et je pense que les gens savent encore ce dont je suis capable. En fait, ce que je fais maintenant pour Nacer, c’est exactement ce qui m’a manqué quand j’étais sprinteur. En début de saison, j’étais nerveux parce que je voulais bien faire mais maintenant, je suis lucide, je vois clair et je prends les bonnes décisions. Et je peux dire que j’aime courir avec des jeunes. Je n’ai plus envie de courir pour moi.

Mais physiquement tu as retrouvé un niveau qui avait disparu ces dernières années ?
Ben oui mais cette année, à la fin mai, j’ai plus de jours de course que les deux dernières années dans leur totalité. Beaucoup d’éléments peuvent expliquer mes deux dernières saisons mais je peux dire qu’aujourd’hui j’ai retrouvé de l’envie. Bon, dans ces sprints du Giro dont on parle, je n’ai pas tout de suite réalisé ce que j’avais fait mais j’étais dans mon rôle. Depuis le début de saison, je compose bien avec Nacer et avant le Giro, je n’ai pas eu quelqu’un qui me déposait aux 500 mètres. La différence, c’est qu’en Italie, on avait une équipe soudée tous les jours. Pour passer la montagne, pour récupérer et disputer le sprint à venir. Sur le papier on était pas les coureurs les plus talentueux on était les plus intelligents, oubliant notre égo pour nous mettre au service d’ue leader et l’aider à gagner et à atteindre ses objectifs !

A t’écouter, on se rend compte que tu as retrouvé un super moral ?
Je ne me fixe pas un objectif personnel mais je suis heureux d’avoir un programme fiable, une cause à défendre et ça me rend heureux d’aller à l’entraînement. Et ça fabrique le petit 1% qui fait la différence. Tu sais, je n’oublierai jamais d’où je viens. Avant d’être cycliste professionnel, j’étais à l’usine et quand on me disait de couper 10.000 tubes dans la journée je le faisais. Et bien c’est pareil, j’aime que mon équipe me dise chaque jour ce que j’ai à faire.

Tu sais que ce discours est rare aujourd’hui ?
Je sais ce que c’est de galérer… je suis un travailleur et je veux aller encore plus loin.

Quel est ton programme aujourd’hui ?
J’en suis à 53 jours de course, dans l’équipe seul Jussi Veikkanen en a plus que moi. En fait je vais, comme Nacer, disputer la Route du Sud, Halle-Ingooigem et le championnat de France en espérant que le maillot reste dans l’équipe.

Ça ne t’ennuie pas de n’être pas dans le Tour ?
Je ne suis pas dans la présélection, les choses sont claires. Je peux dire que les deux fois où j’ai fait le Tour, ça s’est bien passé parce que je l’ai su en mai. Dans notre équipe, ça se tend un peu mais c’est normal. C’est pareil dans toutes les équipes françaises parce que c’est le Tour. Ça se crispe mais tout retombe dès que le départ est donné. Il ne faut pas dramatiser…

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